Histoire de l'art médiéval : Introduction aux arts du Moyen Âge (Ve - XVe siècle)
I. Un monde en transition : entre paganisme et christianisme
A. La fin du monde antique et l’émergence du christianisme
Le Moyen Âge s’inscrit dans une période de transition majeure entre l’Antiquité et l’époque médiévale chrétienne. La chute de l’Empire romain d’Occident en 476 marque un tournant, après son apogée vers l’an 200. L’unité politique et culturelle de l’Oïkoumènè, fondée sur le culte de l’empereur, se fragmente progressivement.
Le christianisme, monothéiste, s’impose au sein de cette diversité religieuse. Dès le Ier siècle, il s’implante en Occident en structurant une communauté autour de l’Église et du pouvoir politique.
- 313 : Édit de Constantin
Constantin, empereur romain, fait autoriser le christianisme. La veille d’une bataille décisive, il aurait eu un rêve lui montrant la croix comme signe de victoire. Ce symbole devient fondamental pour la religion chrétienne.
- 392 : Édit de Théodose
Théodose interdit officiellement les cultes polythéistes en fermant les temples païens, affirmant le christianisme comme seule religion officielle.
B. Représentation et symbolique dans l'art chrétien primitif
Le christianisme autorise désormais la représentation de l’histoire chrétienne, une nouveauté par rapport aux traditions antiques.
- L’expression artistique débute dans les catacombes, nécropoles situées hors des cités. Ces espaces funéraires montrent une iconographie mêlant symboles antiques et chrétiens :
- Paon : gardien des portes du paradis
- Canthare : coupe de vie
- Méduse : symbole apotropaïque éloignant le mal
- Les sarcophages antiques sont "christianisés" avec des bas-reliefs, sculptures peu profondes, ou haut-reliefs, plus en relief, et parfois en ronde bosse, c’est-à-dire visibles sur tous les côtés.

II. Le Tétramorphe : symboles des quatre évangélistes
Un des symboles majeurs de l’art chrétien ancien est le Tétramorphe, représentant les quatre évangélistes sous forme d’animaux ailés, chacun incarnant un aspect de la vie ou de la nature du Christ :
| Évangéliste | Symbole | Signification |
|---|
| Saint Marc | Lion ailé | Résurrection du Christ (lionne accoucheuse) |
| Saint Matthieu | Homme ailé | Généalogie humaine du Christ |
| Saint Luc | Taureau ailé | Sacrifice du Christ (animal antique sacrifié) |
| Saint Jean | Aigle | Paroles bibliques, pureté divine (vol proche du soleil) |
Ces symboles sont souvent représentés sur des objets d’art, comme des diptyques en ivoire (cathédrale de Milan, Ve siècle) ou des sarcophages.
- Exemple : Sarcophage de Concordus d'Arles, vers 400 présente un griffon sur deux côtés, signe soit de réutilisation soit d’un choix esthétique.
III. La Renaissance carolingienne : l’art sous Charlemagne et ses successeurs
A. Contexte politique et culturel
La dynastie carolingienne incarne la tentative de renaissance impériale héritée de Rome.
- Pépin le Bref, maire du palais, prend le pouvoir politique en enfermant le dernier roi mérovingien dans une abbaye, et fait couronner son fils par le pape Zacharie.
- Charlemagne (vers 800) fixe la capitale à Aix-la-Chapelle, où il fait construire un palais inspiré de l’Antiquité, intégrant des thermes antiques.
Cette période voit un grand développement économique et culturel. Le palais de Charlemagne devient à la fois un centre politique et religieux.
B. Architecture et art carolingiens
- L’architecture reprend des modèles antiques, conservés notamment dans la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle.
- Les abbayes jouent un rôle central comme centres spirituels et culturels, organisant un réseau de savoir, redécouvrant des connaissances perdues.

- Le Plan de Saint-Gall (IXe siècle) est un modèle idéal d’abbaye, servant de référence pour les constructions ultérieures.
IV. Influences byzantines et techniques artistiques
A. Contacts avec les artistes byzantins
Le Moyen Âge voit la circulation d’artistes et d’idées entre l’Orient byzantin et l’Occident chrétien, notamment à travers le décor absidial.
B. Technique de la fonte à la cire perdue
- Redécouverte d’une technique antique pour la sculpture métallique.
- Technique coûteuse utilisée pour la création d’objets précieux.
- Exemple : trône dit de "Dagobert", possiblement réalisé avec cette méthode.

- Le curule (faldistoire, siège pliant) utilisé dans un contexte religieux, est un héritage antique.
V. L’art autour de l’an Mil et la dynastie des Ottoniens
A. Contexte politique et artistique
- Après la division de l’Empire carolingien, la partie orientale devient le Saint Empire Germanique.
- Deux grandes influences : l’Orient byzantin et la civilisation arabo-musulmane.

B. Architecture ottonienne
- Construction d’abbayes colossales servant de pôles économiques, politiques et artistiques.
- Exemple : Abbaye d’Essen, plan en croix latine, avec une grande avancée inspirée du cloître devant le portail.
- Réinterprétation du modèle d’Aix-la-Chapelle pour affirmer la filiation à Charlemagne.

C. Mariages politiques et symbolique du pouvoir
- Mariage entre Théophano et Otton II apporte richesse et influence, favorisant de grandes constructions.
- La pourpre utilisée, extraite de petits coquillages, est un symbole de pouvoir.
D. Exemple d’architecture : église abbatiale Saint-Michel de Hildesheim
- Double transept
- Entrée latérale, innovation pour l’époque
- Décorée de fresques aux pigments naturels (peinture à base d’eau, jaune d’œuf, peau de lapin)

VI. Personnalités majeures de l’art médiéval : Egbert de Trèves
- Évêque de Trèves, transformateur de la ville en centre intellectuel et artistique.
- Orfèvre reconnu : maître du Registrum Gregorii, œuvre de très grande qualité.
- Sculpteur polyvalent, capable de penser en 3D.
- Notable pour ses jeux de proportion dans la représentation des personnages.

VII. L’image impériale : Otton III et la propagande visuelle
- Commande impériale d’un portrait dit Christomimète représentant Otton III à l’égal du Christ.
- Cette image forte véhicule une propagande, Otton III se représentant divin.


VIII. Objets liturgiques et symboles impériaux
- Calice, patène et reliure provenant de la cathédrale de Nancy, témoignant du raffinement de l’art religieux.

- Gauzelin, évêque, commande trois pièces d’or pour sa chapelle.
- La couronne du Saint Empire (Otton Ier) symbolise l’autorité impériale.
IX. Le gothique : caractéristiques principales, développement et influence
L’art gothique, apparu au XIIe siècle, se caractérise par une architecture novatrice visant la verticalité et la lumière. Pour faire simple, ses éléments principaux incluent :
- Arcs brisés, voûtes en ogive : structures plus hautes et légères.
- Arcs-boutants et pinacles : apportent stabilité et allure élancée.
- Vitraux : grands et colorés, inondent l’intérieur de lumière.
- Verticalité : emphasis par les flèches et sculptures.
Ce style se développe en plusieurs phases, marquées par des innovations techniques et artistiques :
- Gothique primitif (XIIe siècle) : premières grandes réalisations telles que la cathédrale de Notre-Dame de Paris, caractérisées par des arcs boutants encore rudimentaires, faibles vitraux, sculptures géométriques.
- Gothique rayonnant (XIIIe siècle) : expansion des vitraux, fine ornementation, développement du tracé géométrique, comme à la cathédrale de Chartres.
- Gothique flamboyant (XIVe-XVe siècle) : formes très élaborées, sculptures mouvantes, motifs de flammes, production d’objets et mobilier décoratif plus sophistiqués.
Exemples majeurs d’édifices gothiques :
- Cathédrale Notre-Dame de Paris
- Cathédrale Chartres
- Cathédrale de Reims
Architecture gothique
L’architecture gothique se distingue par ses avancées techniques fondamentales :
- La voûte sur croisée d’ogives : un type de voûte qui repose sur deux ou plusieurs arcs en croisées, permettant de couvrir de grands espaces tout en augmentant la stabilité.
- L’arc-boutant : système de supports extérieurs qui transfert la poussée de la voûte, ouvre la paroi pour de grandes fenêtres de vitraux, et allège la structure.
- La truie ou pyramide de la voûte : technique de construction pour assurer la stabilité en répartissant les forces.
L’originalité réside aussi dans la finesse des détails sculptés et les vitraux, qui illustrent scènes religieuses, motifs floraux et abstraits, emplissant l’espace de lumière colorée.
Sculpture et peinture gothiques
- La sculpture devient plus expressive et naturaliste, dépeignant des personnages avec des émotions et des postures réalistes.
- Les retables peints et les tympans sculptés illustrent des scènes bibliques avec une grande richesse de détails.
- La peinture s’affranchit de figures géométriques pour privilégier la naturalité, notamment dans les enluminures et fresques.
Grands exemples d’églises gothiques en Europe
- Cathédrale Notre-Dame de Paris : symbole emblématique, avec ses arcs-boutants, sa façade sculptée, et ses vitraux.
- Cathédrale de Chartres : célèbre pour ses vitraux exceptionnels et sa structure harmonieuse.
- Cathédrale de Reims : illustrant un gothique flamboyant avec une façade riche en sculptures.
- Abbaye de Saint-Denis : première grande réalisation gothique, avec son architecture innovante, ses vitraux et sculptures.
L’impact de l’architecture gothique est considérable : elle permet de bâtir des édifices plus hauts, laissant pénétrer la lumière à travers d’immenses vitraux, symboles de la foi divine, tout en témoignant de l’ingéniosité technique et artistique de l’époque. Ces œuvres participent à l’expression de la puissance religieuse et de la grandeur medievale, marquant une étape majeure dans l’histoire de l’art occidental.