Potentiel de croissance économique et ses origines
La croissance économique d’un pays dépend de sa capacité à augmenter la production de biens et services sur le long terme. Ce potentiel de croissance repose sur plusieurs facteurs fondamentaux : les facteurs de production (travail, capital, ressources naturelles), leur qualité, ainsi que les dynamiques démographiques et institutionnelles qui influencent leur utilisation. Cette fiche propose une analyse complète des origines du potentiel de croissance, en articulant les apports classiques et contemporains.
I. Les facteurs de production : fondements de la croissance
1. Travail et capital : quantités et qualités
La croissance économique s’explique initialement par l’augmentation des facteurs de production, principalement le travail et le capital. Ces facteurs sont les intrants essentiels mobilisés pour produire des biens et services.
| Facteur | Définition | Causes d’augmentation de la quantité | Causes d’augmentation de la qualité |
|---|
| Travail | Capacités physiques et intellectuelles mobilisées pour la production | Variation de la population active occupée, durée du travail, taux d’activité | Amélioration de la productivité via éducation, âge de la population, migrations sectorielles, organisation du travail |
| Capital | Capital fixe technique : moyens de production durables (>1 an) | Variation du stock de capital (investissements), taux d’utilisation, durée d’usage | Intégration de nouvelles technologies, âge du capital (machines neuves ou vieillissantes) |
- Croissance extensive : liée à l’augmentation quantitative des facteurs.
- Croissance intensive : liée à l’amélioration qualitative des facteurs, fondée sur des gains de productivité.
2. La productivité : moteur de la croissance intensive
La productivité mesure l’efficacité avec laquelle les facteurs de production sont utilisés. Elle est au cœur de la compétitivité et du potentiel de croissance durable.
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Productivité globale :
[Formule mathématique]
-
Productivité du capital :
[Formule mathématique]
où [Formule] est le capital utilisé.
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Productivité du travail : mesurée par la production par heure travaillée ou par personne employée.
Les gains de productivité résultent d’une meilleure organisation, de l’innovation et de l’investissement dans le capital humain et technique. Ils permettent d’augmenter les profits, qui peuvent être redistribués en salaires, baisse des prix ou dividendes, créant ainsi un cercle vertueux de croissance.
La productivité globale des facteurs (PGF) mesure la part de la croissance qui ne s’explique pas par l’augmentation des volumes de travail et de capital, traduisant l’efficacité réelle de la combinaison productive.
3. Le capital humain : un levier essentiel
Le Conseil d’Analyse Économique (2022) souligne un ralentissement de la productivité en France depuis deux décennies, notamment par rapport à l’Allemagne et aux États-Unis. Ce phénomène affecte la plupart des secteurs et représente un enjeu majeur, estimé à environ 140 milliards d’euros de PIB.
Un levier clé pour relancer la productivité est le capital humain, défini par l’OCDE comme « l’ensemble des connaissances, qualifications, compétences et caractéristiques individuelles qui facilitent la création du bien-être personnel, social et économique ».
Selon G. Becker (1964), l’individu est une entreprise détenant un capital initial qu’il cherche à maximiser. L’éducation est un investissement visant à accroître ce capital humain. L’individu investit tant que le coût marginal de l’éducation est inférieur à la hausse marginale de rémunération qu’elle procure. Cette théorie explique que les inégalités peuvent découler d’une insuffisance de dotation en capital humain.
4. L’investissement dans le capital : moteur quantitatif et qualitatif
L’investissement augmente le stock de capital, avec un double effet :
- Quantitatif : accroissement du volume de capital disponible.
- Qualitatif : intégration de nouvelles technologies, améliorant la productivité du capital et du travail.
L’accumulation de capital améliore ainsi l’offre de biens et services.
Selon Keynes, les dépenses d’investissement, notamment publiques en période de crise, ont un effet multiplicateur sur la richesse nationale :
- Les dépenses d’investissement génèrent des revenus pour d’autres agents économiques (salariés, entreprises).
- Ces revenus sont partiellement consommés, stimulant la demande, la production, puis à nouveau l’investissement.
- Ce processus cyclique amplifie l’impact initial de l’investissement sur le PIB.
Limites du multiplicateur keynésien :
- Une épargne trop élevée réduit l’effet multiplicateur (faible propension marginale à consommer).
- La capacité d’offre doit pouvoir répondre à la hausse de la demande, sinon l’inflation remplace la croissance réelle.
- L’ouverture commerciale peut réduire l’effet multiplicateur si la consommation supplémentaire se dirige vers des importations, limitant l’impact national (exemple des relances françaises de 1981-1982).
5. Synthèse des mécanismes de croissance
[Diagramme]
II. Les ressources naturelles : un capital naturel aux limites structurelles
1. Nature et rôle des ressources naturelles
Les ressources naturelles constituent un capital naturel, facteur de production disponible dans la nature, au même titre que le capital technique.
- Ressources renouvelables : se reconstituent naturellement à un rythme compatible avec leur exploitation (eau, végétaux).
- Ressources non renouvelables : limitées, comme les énergies fossiles (pétrole, charbon).
La biodiversité génère des externalités positives et inspire des innovations technologiques via le biomimétisme.
Exemples de biomimétisme
- Velcro : inspiré par la bardane, dont les fruits à crochets s’accrochent aux animaux pour disperser les graines.
- Bec du martin-pêcheur : son hydrodynamisme a inspiré le design du train japonais Shinkansen, réduisant les nuisances sonores lors de l’entrée dans les tunnels.
2. Les limites démographiques et écologiques : le principe de population de Malthus
Thomas Robert Malthus (Essai sur le principe de population, 1798) avance que la croissance démographique tend à dépasser la croissance des moyens de subsistance, notamment les ressources naturelles.
- Population : croît de façon géométrique (exponentielle).
- Ressources : croissent arithmétiquement (linéairement).
- Conséquence : risque de famine généralisée lorsque les ressources deviennent insuffisantes.
Solutions proposées
- Contraintes morales : retarder l’âge du mariage, limiter le nombre d’enfants.
- Contraintes économiques : suppression des aides aux pauvres pour réduire l’incitation à la natalité.
Limites des prévisions
- Non anticipation des progrès agricoles et technologiques.
- Ignorance de la transition démographique, qui réduit natalité et mortalité avec le développement.
Malgré ces limites, les idées malthusiennes ont influencé des politiques néo-malthusiennes, notamment en Chine et en Inde.
3. Rendements décroissants et état stationnaire selon Ricardo
David Ricardo approfondit la réflexion en soulignant les rendements décroissants des ressources naturelles, notamment la terre.
- Les terres les plus fertiles sont limitées.
- L’augmentation de la population pousse à cultiver des terres moins fertiles, ce qui augmente les coûts de production.
- Hausse des rentes foncières, augmentation des salaires nécessaires pour acheter la nourriture.
- Baisse des profits, frein à l’investissement.
- Ralentissement de la croissance économique, tendant vers un état stationnaire où la production ne croît plus.
4. La malédiction de la rente des matières premières
Un paradoxe économique est la malédiction de la rente : l’abondance de ressources naturelles peut freiner la croissance.
- Spécialisation excessive dans l’exportation de ressources.
- Déséquilibres économiques et fragilisation de la compétitivité des autres secteurs.
- Vulnérabilité aux fluctuations des prix des matières premières.
5. Synthèse visuelle
[Diagramme]

Conclusion : points clés à retenir
- Le potentiel de croissance économique repose d’abord sur l’augmentation quantitative des facteurs travail et capital, mais cette source est limitée.
- L’amélioration qualitative des facteurs via la productivité, l’investissement dans le capital humain et technique, ainsi que l’innovation, est essentielle pour une croissance durable.
- L’investissement joue un rôle fondamental, amplifié par le multiplicateur keynésien, sous réserve de conditions économiques favorables.
- Les ressources naturelles constituent un capital naturel indispensable, mais leur disponibilité limitée et leur gestion conditionnent fortement la croissance à long terme.
- Les théories classiques de Malthus et Ricardo mettent en lumière les contraintes démographiques et écologiques, ainsi que les rendements décroissants, qui peuvent freiner la croissance.
- La malédiction de la rente illustre les risques liés à une dépendance excessive aux ressources naturelles.
- Enfin, le biomimétisme montre comment la nature peut inspirer des innovations technologiques, contribuant ainsi à dépasser certaines limites naturelles.
