Fiche de Révision : UE2.4 - Processus traumatiques et prévention
Cours Dr Pascal Le Nabat – IFSI 1ère année (2024/2025)
Introduction générale
Le processus traumatique désigne l’ensemble des lésions provoquées par un agent externe ou interne qui affecte les tissus et organes du corps. Il constitue un enjeu majeur pour la prise en charge des patients et la prévention des accidents. Ce cours aborde les définitions, facteurs de risque, mécanismes, caractéristiques cliniques, examens complémentaires, processus de réparation, axes thérapeutiques, conséquences et mesures préventives associées.
1. Définitions et classification des traumatismes
Trauma (grec) : Blessure.
OMS : « Dommage physique causé à une personne lorsque son corps a été soumis de façon soudaine ou brève à un niveau d’énergie physiologiquement intolérable ».
Compléments
- Intègre aussi les privations vitales (oxygène, eau, chaleur).
- Exposition à des éléments extérieurs (froid, chaud, toxiques, variations de pression).
Classification selon l’intentionnalité
- Traumatismes intentionnels : Agressions, suicides, guerres.
- Traumatisme non intentionnels : Accidents (route, sport, travail, domestiques, scolaires).
2. Facteurs de risque du traumatisme
2.1 Facteurs précipitants
Liés à la nature de l'exposition :
- Inconscience du danger (enfants, adolescents).
- Comportement à risque (alcool, drogues, intrépidité).
- Risques liés à certaines activités (sports extrêmes, métiers dangereux).
2.2 Facteurs prédisposants
Liés à la vulnérabilité individuelle :
- Fragilité osseuse (ostéoporose, pathologies tumorales).
- Maladies associées (cardiopathies, troubles neurologiques, métaboliques).
- Vieillissement (réduction des capacités motrices, sensorielles, fragilité cutanée).
Exemple clinique - Analyse des facteurs de risque
| Patient | Facteurs Précipitants | Facteurs Prédisposants |
|---|
| Emmanuel M., 13 ans | Consommation de drogues, inconscience du danger, intrépidité | Aucun notable |
| Vladimir P., 95 ans | Aucun évident | Âge, troubles visuels, insuffisance cardiaque |
| Donald T. | Consommation alcool | Aucun notable |
| Kamala H. | Course en rue (risque activité) | Aucun notable |
3. Mécanismes d’apparition des lésions traumatiques
3.1 Mécanismes physiques
3.1.1 Énergies mécaniques
- Traumatisme pénétrant : Lésion par effraction (armes blanches, balles, objets).
- Traumatisme contendant : Impact sans pénétration (chocs, écrasements).
- Baro-traumatisme : Variation brutale de pression (explosion, accident de plongée).
Notions clés :
- Cisaillement : Lésions dues à la décélération provoquant des dommages différenciés selon la densité des tissus (ex : pancréas contre rachis).
- Compression : Écrasement d’un organe entre deux surfaces.
[Diagramme]
3.1.2 Énergies chimiques
- Caustication par acides, bases fortes, solvants.
- Expositions par contact direct, inhalation, ingestion.
- Lésions : brûlures, nécroses, infections secondaires.
3.1.3 Énergies thermiques et radiques
- Brûlures thermiques : Contact avec chaleur (>45°C).
- Brûlures électriques : Contact avec courant (lésions thermiques + nerveuses).
- Brûlures radiques : UV, radiations ionisantes (effets différés comme cancers).
4. Caractéristiques des lésions traumatiques
| Type de Lésions | Description et exemple |
|---|
| Contusions | Lésion fermée, diffuse, dégâts tissulaires internes ou superficiels |
| Hématomes | Accumulation locale de sang suite à rupture vasculaire |
| Plaies | Rupture cutanée (traumatique ou chirurgicale) |
| Lésions ostéo-articulaires | Fractures, luxations, entorses |
| Amputations | Section partielle ou complète d’un membre |
Exemples :
- Fracture déplacée vs ouverte : fracture avec déplacement des fragments osseux, ouverte si plaie cutanée associée.
- Luxation : déboîtement articulaire.
- Entorse : lésion ligamentaire par étirement ou rupture.
5. Examen clinique
5.1 Signes cliniques
- Douleur : composante sensorielle, cognitive, affective et comportementale variable selon les individus.
- Déformation : observable (ex : déviation d’un doigt).
- Impotence fonctionnelle : impossibilité partielle ou totale de mobiliser une partie du corps.
- Défaillance organique : troubles respiratoires, cardiovasculaires, neurologiques.
5.2 Types de douleur
Douleur nociceptive : liée à une atteinte tissulaire physique (ex : fracture).
Douleur neurogène : douleur d’origine nerveuse sans lésion directe (ex : sciatique).
Douleur psychogène : douleur d’origine psychologique sans cause physique.
6. Évaluation de la douleur
- Échelle Visuelle Analogique (EVA) : mesure simple, auto-évaluation de la douleur (0 = pas de douleur, 10 = douleur maximale).
| Patient | 10 | 9 | 8 | 7 | 6 | 5 | 4 | 3 | 2 | 1 | 0 |
|---|
| Soignant | 10 | 9 | 8 | 7 | 6 | 5 | 4 | 3 | 2 | 1 | 0 |
-
Questionnaire Douleur Saint-Antoine (QDSA) : évaluation qualitative des composantes de la douleur chronique, notamment neuropathique.
-
Échelle Doloplus : évaluation comportementale de la douleur chez la personne âgée, selon retentissement somatique et psychologique.
7. Prise en charge thérapeutique de la douleur
7.1 Traitements antalgiques médicamenteux
| Douleur | Traitement de premier choix |
|---|
| Douleur nociceptive | Palier 1: Paracétamol, Néfopam, Aspirine<br>Palier 2: Codéine, Tramadol<br>Palier 3: Morphine, Kétamine |
| Douleur neurogène | Antidépresseurs tricycliques, Antiépileptiques (Carbamazépine, Gabapentine) |
| Douleur psychogène | Médicaments psychotropes (anxiolytiques) |
7.2 Modes d’administration
- Voie orale, transcutanée (patch), sublinguale, intranasale, injectable (IM, IV, SC), infiltration locale ou loco-régionale.
7.3 Techniques complémentaires
- Infiltrations (corticoïdes, anesthésiques locaux), mésothérapie, PCA (auto-contrôle morphinique), anesthésie loco-régionale, acupuncture, hypnose.
Exemple : PCA morphine
Dispositif permettant au patient d’auto-administrer la morphine via un boîtier sécurisé et paramétré, pour un contrôle personnalisé et sûr de la douleur.
8. Impotence fonctionnelle
Définition : impossibilité de réaliser un mouvement normal d’un membre ou segment.
- D’origine périphérique : traumatisme direct (fracture, luxation).
- D’origine centrale : atteinte neurologique (lésion moelle, cortex).
Types :
- Totale : mouvement impossible (ex. fracture instable du fémur).
- Relative : mouvement possible mais limité douloureusement ou mécaniquement (ex. entorse avec boiterie).
9. Défaillances organiques fréquentes en traumato
- Respiratoires : contusions, pneumothorax, déficits neurologiques du diaphragme (nerf phrénique, C4).
- Cardio-circulatoires : hémorragies, contusions myocardiques, troubles centraux de la régulation.
- Neurologiques : lésions nerveuses périphériques ou centrales.
10. Examens complémentaires
| Type | Description | Avantages/Inconvénients |
|---|
| Radiographie standard | Rayons X traversent les tissus selon leur densité, visibles en images contrastées. | Irradiante, rapide, économie de moyens, limitée dans tissus mous |
| Scanner (TDM) | Série de coupes axiales avec reconstruction 3D, examen irradiant, produit de contraste parfois utilisé. | Plus sensible que la RX, exploration rapide des lésions complexes |
| Échographie | Ultrasons, examen dynamique en temps réel, visualise tissus mous et flux sanguins (Doppler). | Non irradiant, opérateur dépendant, limitation poids/exploration osseuse |
| IRM | Champs magnétiques résonnant avec les atomes d’hydrogène, excellent contraste des tissus mous. | Non irradiant, long, bruyant, contre-indiqué corps métalliques |
Biologie
- Hémogramme pour bilan sanguin, taux d'hémoglobine (hémorragie).
- Coagulation (TP, INR).
- Gazométrie artérielle (évaluation de l’oxygénation et équilibre acido-basique).
- Recherche d’hématurie (urines).
11. Processus de réparation des lésions
Phases principales
- Inflammation :
- Rougeur, chaleur, douleur, œdème.
- Vasodilatation et perméabilité vasculaire accrus permettant recrutement cellulaire.
- Détersion et préparation à la réparation.
- Régénération :
- Reconstruction de la trame collagénique et recolonisation cellulaire.
- Durée et qualité variables selon tissu (ex : os vs tissu nerveux).
Objectif des soins : favoriser un environnement optimal pour la cicatrisation (immobilité, soins adaptés…).
[Diagramme]
12. Axes thérapeutiques en traumatologie
| Phase de prise en charge | Description |
|---|
| Sur lieux accident | Premiers secours non professionnels puis professionnels (pompiers, SMUR). |
| Structure de soins | Cabinet, hôpital, chirurgie selon gravité; prise en charge douleur, infections, immobilisation, chirurgie... |
| Suite de soins | Rééducation multi-disciplinaire (kinésithérapie, psychothérapie, ergothérapie…). |
13. Cas particulier : Prévention du tétanos
Points clés
- Bactérie : Clostridium tetani, forme spores résistantes.
- Infection neurotoxique mortelle sans traitement.
- Risque élevé dans les plaies souillées, contuses, profondes en milieu anaérobie.
- Vaccination systématique avec rappels réguliers (tous les 10 à 20 ans selon Âge).
| Risque Tétanigène | Faible | Élevé |
|---|
| Délai prise en charge | < 6h | ≥ 6h |
| Mécanisme | Coupure nette | Plaie souillée, brûlure, morsure |
| Aspect macroscopique | Pas d’infection ou dévitalisation | Infection, contamination visible (terre, salive) |
Conduite à tenir
- Patient vacciné : pas de ttt spécifique.
- Patient non vacciné ou incertain :
- Plaie faible risque → rappel vaccinal.
- Plaie élevé risque → immunoglobulines + rappel vaccinal.
14. Conséquences des traumatismes
- Fonctionnelles : déficits moteurs, paralysies, boiteries.
- Esthétiques : cicatrices, déformations.
- Psychologiques : stress post-traumatique, dépression.
- Socio-économiques : perte d’emploi, coûts de santé collectifs.
15. Prévention des traumatismes
Enjeux
- 9 % des décès mondiaux = 5-6 millions / an.
Niveaux de prévention
- Primaire : réduire nombre d’accidents (sensibilisation, mesures légales comme ceinture).
- Secondaire : réduire gravité (aménagements urbains : ronds-points, pistes cyclables).
- Tertiaire : prévenir récidives (communication avant cyclones, vacances).
Domaines majeurs
- Accidents de la vie courante (enfants particulièrement).
- Accidents du travail (INRS).
- Accidents de la circulation routière (fort progrès, marge d’amélioration sur téléphone et usagers vulnérables).
Références clés
- Définition douleur : International Association for the Study of Pain (IASP).
- Règles de calcul surface brûlée : Wallace, Lund Browder.
- Catégories de chocs : hypovolémique, cardiogénique, vasoplégique, septique.
Conclusion
La compréhension du processus traumatique intègre l'étude des mécanismes physiques, biologiques et psychologiques des lésions, leur diagnostic clinique, leur prise en charge multidisciplinaire et la prévention. Ces notions essentielles interviennent dans l'ensemble des soins infirmiers.
Annexes
Tableau Règle de Wallace : Surface corporelle %
| Segment corporel | Adulte | Enfant |
|---|
| Tête et cou | 9 % | 17 % |
| Face antérieure tronc | 18 % | 18 % |
| Face postérieure tronc | 18 % | 18 % |
| Chaque jambe | 18 % | 14 % |
| Chaque bras | 9 % | 9 % |
| Périnée | 1 % | 1 % |
| Total | 100 % | 100 % |
Formule pour calculer surface brûlée selon Wallace simplifié
Pour un adulte, la surface brûlée (SB) en %, par exemple si une jambe est brûlée :
[Formule mathématique]
Diagramme simplifié du processus inflammatoire
[Diagramme]
Cette fiche synthétise les informations essentielles du cours pour vous accompagner dans vos révisions et votre pratique infirmière. N'hésitez pas à approfondir chaque thème selon vos besoins et situations cliniques rencontrées.
Bonne révision !