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Cette fiche retrace les évolutions constitutionnelles majeures en France de la fin de la IIIe République à la naissance de la Cinquième République. Elle s’attache à expliquer les événements politiques et juridiques qui ont marqué la période 1940-1958, notamment la chute de la IIIe République avec la mise en place du régime de Vichy, l’instabilité chronique de la Quatrième République, et la réforme institutionnelle incarnée par la Constitution de 1958. Ces transformations illustrent les tensions entre souveraineté parlementaire, pouvoir exécutif et protection des libertés dans un contexte de crises majeures.
La défaite militaire de la France face à l'Allemagne nazie en mai 1940 met fin à la IIIe République. Après une période de « drôle de guerre », la France subit une défaite majeure le 10 mai 1940. Deux options politiques s’opposent alors :
Le maréchal Pétain signe l’armistice le 22 juin 1940.
Les chambres réunies à Vichy adoptent une loi constitutionnelle le 10 juillet 1940, donnant les pleins pouvoirs à Pétain, qui se proclame chef de l’État. Cette révision constitutionnelle est entachée d’irrégularités :
Le régime de Vichy remplace la République par « l'État français », suspend le Parlement, et divise le pays en deux zones, dont une sous autorité allemande. La souveraineté nationale est incarnée par Pétain, le peuple perd ses représentants élus, et les droits fondamentaux sont niés. Le régime collabore avec l’occupant allemand.
Parallèlement, la France libre s’organise à Londres dès juin 1940, sous l’impulsion du général de Gaulle, avec la création successive :
Ce dernier devient en juin 1944 le Gouvernement provisoire de la République française, qui s’installe à Paris à la Libération en août 1944, rétablissant la légalité républicaine.
L’ordonnance du 9 août 1944, promulguée à Alger, annule tous les actes du régime de Vichy. Elle affirme notamment que :
Cette ordonnance liquida juridiquement le régime de Vichy et instaura une nouvelle République, tout en abrogeant les lois prises par Vichy. Elle marque aussi la dissociation juridique entre l’État et la République, concept repris dans la Constitution de 1958, notamment à travers l’article 16 qui donne les pleins pouvoirs au chef de l’État en cas de crise @docChapitre 10 droit constit .pdf.
Ce n’est qu’avec le temps que la responsabilité de l’État français dans les persécutions, notamment la déportation des Juifs, est reconnue juridiquement. En 1995, Jacques Chirac reconnaît officiellement cette responsabilité, après plusieurs procès, dont celui de Maurice Papon, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité @docChapitre 10 droit constit .pdf.
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Après la guerre, la volonté est de reconstruire une République durable, sociale et économique. Le projet initial de constitution du 19 avril 1946, dominé par un régime parlementaire monocaméral, prévoyait un pouvoir exécutif divisé entre un président de la République honorifique et un président du Conseil. Ce projet fut rejeté par référendum, notamment à cause de divergences entre De Gaulle et les partis politiques.
Un second texte fut adopté le 27 octobre 1946, consacrant des droits sociaux dans son préambule, intégré au bloc de constitutionnalité. Ce préambule affirme des principes fondamentaux tels que :
La Quatrième République repose sur :
L’Assemblée nationale détient le pouvoir législatif complet, incarnant l’État légal où la loi, expression de la volonté générale, est suprême @docChapitre 10 droit constit .pdf.
La double investiture du président du Conseil et de son gouvernement devant l’Assemblée complique le système politique, accentuant les risques d’instabilité.
La Quatrième République est marquée par une instabilité chronique, illustrée par la succession de 24 gouvernements en moins de 12 ans. Cette « valse des gouvernements » se caractérise par :
Cette instabilité révèle l’échec de la Constitution de 1946, notamment en raison de l’absence d’une majorité stable et cohérente à l’Assemblée nationale, ainsi que de l’échec des tentatives de rationalisation du gouvernement @docChapitre 10 droit constit .pdf.
Pour pallier cette instabilité, Pierre Mendès-France propose une réforme constitutionnelle unique sous la Quatrième République, adoptée le 7 décembre 1954. Elle modifie la procédure d’investiture du président du Conseil :
Cependant, cette réforme ne produit pas les effets escomptés et la Quatrième République ne parvient pas à se stabiliser @docChapitre 10 droit constit .pdf.
La guerre d’Algérie provoque une crise majeure le 13 mai 1958 avec un soulèvement à Alger. La crainte d’un coup d’État militaire plonge la France dans une impasse politique :
Cette Constitution, promulguée le 4 octobre 1958, fonde la Cinquième République, qui se veut initialement un régime parlementaire avec des institutions renforcées @docChapitre 10 droit constit .pdf.
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L’article 16 de la Constitution de 1958 confère des pouvoirs étendus au chef de l’État en cas de crise grave ou exceptionnelle. Cette disposition est directement issue des expériences traumatisantes de la Seconde Guerre mondiale et du régime de Vichy. Elle vise à concilier la sauvegarde de la République avec la protection des libertés, un équilibre délicat que le juge constitutionnel est chargé d’arbitrer @docChapitre 10 droit constit .pdf.
La Cinquième République, née de la Constitution de 1958, se veut un régime parlementaire renforcé, avec :
Cette nouvelle architecture institutionnelle s’appuie sur les leçons tirées des expériences passées, notamment la fin brutale de la IIIe République et la faiblesse de la Quatrième République.
Cette fiche synthétise les évolutions constitutionnelles majeures en France entre 1940 et 1958, en mettant en lumière les ruptures, continuités et leçons tirées des crises politiques et institutionnelles. Elle fournit un cadre clair pour comprendre la naissance de la Cinquième République et ses fondements juridiques.
