La conscience, le sujet, l'inconscient

Philosophie - Conscience, Sujet et Inconscient23 novembre 2025
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La conscience, le sujet et l'inconscient : Une exploration philosophique

Introduction : La conscience comme condition humaine singulière

La conscience est une notion fondamentale qui démarque l'Homme du reste du vivant. Contrairement à l'animal, qui est dominé par ses instincts et s'identifie pleinement à la nature, l'Homme est un être doté d'une conscience qui lui permet de ne pas se réduire à sa condition animale. L'Homme ne se définit pas seulement par son appartenance au monde naturel, mais par sa capacité à donner sens au monde, à l'habiter de manière active, à le transformer et à en faire un objet de connaissance.

Cette capacité à transcender le monde naturel conduit à se demander si l'Homme est véritablement "dans le monde" ou s'il s'en détache par la conscience. Cette question est au cœur des traditions philosophiques :

  • Les polythéistes valorisent une immanence, où l'Homme est intégré au monde, à la manière de Spinoza.
  • Les monothéistes, comme Descartes, insistent sur la transcendance, où l'Homme se distingue radicalement du monde.

Deux ordres peuvent être distingués :

  • L'ordre chronologique, qui valorise la continuité de l'Homme avec la nature (exemple : Darwin).
  • L'ordre logique, qui affirme la primauté de l'Homme comme sujet capable de donner un sens au monde.

La conscience est ainsi l'expérience même de la séparation entre l'Homme et le monde, lui conférant une double existence : extérieure (dans le monde) et intérieure (rapport à soi). Par cette conscience, l'Homme devient sujet : il peut réfléchir sur le monde, mais aussi sur lui-même.


I. De la conscience à l’inconscient : affirmation et dépossession du sujet

1. Prendre conscience : l'expérience de soi

A. Conscience spontanée et conscience réfléchie

La conscience se manifeste d'abord de façon spontanée, par exemple à travers une sensation comme la faim. On éprouve d'abord la sensation corporelle ("j'ai faim"), c'est la conscience spontanée. Ensuite, on peut réfléchir sur cette sensation, c’est la conscience réfléchie, un retour sur soi : « c'est moi qui ai faim ».

Ainsi, avoir conscience, c'est toujours avoir conscience de soi, ipso facto. La conscience est à la fois un état d’être conscient et la conscience de soi en tant que sujet.

B. Prendre conscience de soi : une expérience psychologique

Le texte "Un Cyclope à la Jamaïque" de R. Huygues illustre cette prise de conscience. Le personnage, Emily, qui découvre sa propre conscience, passe d'abord par la conscience de son corps. Elle réalise que son corps est distinct de tout ce qui l'entoure et commence une appropriation progressive de soi, ce qui peut passer par une dépossession initiale de soi.

Cette expérience psychologique est marquée par un moment où l'on découvre que l'on ne s'appartenait pas totalement, et où l'on commence à prendre possession de soi. Cette prise de conscience engage la notion d'identité personnelle, distincte de tout ce qui est extérieur.

Prendre conscience se résume alors à un savoir, le premier sens de la conscience. Mais ce savoir est-il une connaissance ? Avoir conscience de soi suffit-il à se connaître ? Être soi est-il un état spontané ou une tâche continue ?


2. Difficultés sur la conscience et l’identité

Deux problèmes majeurs se posent :

  • Le lien entre conscience et connaissance : la conscience est-elle synonyme de connaissance ?
  • La question du soi et de l'identité personnelle : le "moi" se limite-t-il à ce dont nous avons conscience ? Sommes-nous ce que nous avons conscience d'être ?

Ces questions mettent en lumière le fait que l'être soi ne se réduit pas forcément à la conscience immédiate. Être soi pourrait être une tâche à accomplir indéfiniment.

L'expérience psychologique de la conscience de soi est universelle, mais elle ne doit pas être confondue avec le cogito cartésien, qui est une affirmation métaphysique.


3. L'affirmation du sujet par la conscience : le cogito cartésien

Pour Descartes, la certitude de l'existence ne peut être obtenue que par la pensée : "Je pense donc je suis". Cette conscience est à la fois la connaissance d'un objet et la connaissance du sujet lui-même. Le sujet est à la fois conscience et objet de connaissance.

La pensée est identifiée à la conscience, c’est l'acte même de la conscience qui implique nécessairement une prise de conscience réfléchie. La pensée inclut tout ce dont nous sommes conscients.

L'expérience du sommeil, où la conscience semble absente, est capitale pour comprendre la conscience et son contraire, l'inconscience.


4. Analyse des premières méditations métaphysiques de Descartes

A. Première méditation : le doute méthodique

Descartes cherche un fondement certain pour les sciences. Il pratique un doute radical, volontaire et méthodique, qui remet en cause les sensations, le corps, la mémoire, les connaissances scientifiques et le monde extérieur. Le doute est poussé jusqu'à l'hypothèse que tout pourrait être un rêve.

Cette méthode, héritée du scepticisme antique (avec suspension du jugement ou époque), vise à éliminer toute incertitude pour atteindre une vérité indubitable.

Le doute peut être source d'inconfort, car vivre constamment dans le doute sans sérénité est difficile. Pour les sceptiques, cependant, le doute est aussi un moyen d'atteindre l'ataraxie (tranquillité de l'âme), synonyme de bonheur.

B. Deuxième méditation : la certitude du sujet pensant

Descartes cherche s'il existe quelque chose de certain malgré ce doute généralisé. Il distingue alors l'âme (réalité immatérielle) et le corps (réalité matérielle), introduisant un dualisme ontologique.

Il rejette le matérialisme, qui identifie âme et corps comme une même substance matérielle (atomiste comme Épicure, Démocrite).

Le sujet devient objet de pensée ; la réflexion se retourne vers l'intériorité. Même si un "Malin Génie" trompeur remet en question tout, il ne peut empêcher la pensée du sujet.

« Qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois rien tant que je penserais être quelque chose. » — Descartes

Ainsi, la pensée donne la certitude de l'existence, et le sujet apparaît comme la seule chose qui résiste au doute.


5. Le cogito comme vérité fondatrice et intuition intellectuelle

Les sciences reposent sur cette vérité métaphysique fondatrice. Parmi toutes les vérités, certaines sont plus fondamentales, et la vérité première est celle du cogito.

La connaissance du cogito est obtenue par intuition intellectuelle, c’est-à-dire un accès direct à la vérité sans intermédiaire, ce qui garantit sa fiabilité. Ce mode d’intuition est caractéristique des rationalistes, tandis que Kant distingue l'intuition sensible.

Illustration du cogito et intuition


Synthèse des concepts clés

[Diagramme]


Conclusion

La conscience est ce qui élève l'Homme au-dessus de l'animalité, lui conférant une double existence et la capacité de faire du monde un objet de connaissance. En affirmant le sujet à travers la conscience, Descartes inaugure une révolution philosophique fondée sur le cogito, la certitude du sujet pensant face au doute radical. Cette démarche ouvre la voie à une réflexion sur l'identité personnelle, la connaissance de soi, et, par contraste, sur les limites de la conscience, qui conduiront à la notion d'inconscient.

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