La justice

Philosophie - Justice et VengeanceNiveau : intermediate16 novembre 2025
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La justice : Origines, fondements et évolutions conceptuelles


Introduction : La justice, entre vengeance et loi

Le terme « justice » trouve ses racines dans le grec ancien dikè, qui signifie à la fois justice, droit, norme, mais aussi châtiment et vengeance. En latin, justitia dérive de jus (le droit) et justus (ce qui est juste). Cette double origine illustre la complexité du concept, oscillant entre réparation et sanction.

Depuis l’Antiquité, la frontière entre justice et vengeance est floue : la justice peut-elle être une forme civilisée de vengeance, ou doit-elle s’en distinguer radicalement ? La vengeance est une réaction personnelle, guidée par l’émotion et l’immédiateté, visant à rendre le mal pour le mal. La justice, au contraire, est un processus collectif, rationnel et institutionnalisé, visant à restaurer un ordre social universel, dépassant les intérêts individuels.

Résumé des différences fondamentales :

AspectVengeanceJustice
NaturePersonnelle, émotionnelleCollective, rationnelle
ButRendre le mal pour le malRétablir l’ordre social
TemporalitéImmédiateInstitutionnalisée, différée
FondementSentiment de colèreLoi et normes universelles

La justice est donc la transformation civilisée et encadrée par la loi de la vengeance personnelle.


I. Symboles et origines mythiques de la justice

Les symboles traditionnels de la justice

La justice se représente traditionnellement à travers plusieurs symboles hérités de la mythologie grecque, en particulier de la déesse Thémis, gardienne de l’équilibre entre dieux et hommes :

  • La balance : symbolise l’équilibre et l’impartialité, pesant les arguments avant de trancher.
  • Le bandeau sur les yeux : incarne l’aveuglement de la justice aux préjugés et à toute forme de favoritisme.
  • L’épée : exprime la force légitime de l’État pour faire appliquer la loi et la peine.

Thémis avec balance, bandeau et épée


Des origines mythiques à la justice rationnelle

1. Eschyle et l’Orestie : du sang à la loi

Dans Les Euménides (458 av. J.-C.), Eschyle illustre la transition historique et philosophique vers une justice codifiée. Oreste tue sa mère pour venger son père, mais les Erinyes, déesses de la vengeance, le poursuivent. La déesse Athéna institue alors un tribunal public, l’Aréopage, marquant le passage d’une vengeance privée fondée sur le sang à une justice publique réglée par la loi.

  • Idée centrale : la cité remplace la violence clanique par une institution rationnelle.
  • Exemple concret : le procès d’Oreste symbolise la naissance du droit comme alternative à la violence personnelle.

2. La loi du talion : réguler la vengeance

La loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent », attestée dans le Code d’Hammourabi (-1730 av. J.-C.) et le Lévitique biblique, vise à limiter la vengeance en imposant une proportionnalité stricte.

  • Rôle : encadrer la violence par une mesure, premier pas vers une justice mesurée.
  • Critique de Hegel : l’application littérale serait absurde ; l’essentiel est l’équivalence morale entre faute et peine, non la reproduction exacte du crime.

Exemple : casser une dent ne justifie pas de tuer l’auteur du dommage.

Ce principe de proportionnalité demeure un fondement central de la justice pénale moderne.


II. Fondements moraux et philosophiques de la justice

1. Nietzsche : dépasser le ressentiment

Dans Généalogie de la morale (1887), Nietzsche critique la justice fondée sur le ressentiment des faibles :

  • La justice née de la vengeance des « hommes réactifs » est une vengeance déguisée.
  • La vraie justice exige de dépasser la colère et d’agir selon un principe objectif.
  • Le juge doit juger sans colère ni ressentiment, visant à rétablir une norme juridique.

Exemple : un juge juste ne cherche pas à faire souffrir le coupable par vengeance, mais à appliquer la loi impartialement.


2. Kant : la peine comme devoir moral

Dans Doctrine du droit (1797), Kant affirme que :

  • La punition n’a pas pour but la rééducation ni la prévention, mais est un devoir moral.
  • Punir, c’est traiter le criminel comme un être libre et responsable.
  • La peine est un impératif catégorique : le crime doit être puni parce qu’il viole la loi.
  • La peine doit être proportionnée au crime, fondée sur une nécessité morale, non sur un désir de vengeance.

Citation de Kant :
« Le mal immérité que tu infliges à un autre, tu le fais à toi-même. »

Cette conception souligne la dimension universelle et morale de la justice, dépassant la simple réciprocité.


3. Hegel : rétablir l’universalité du droit

Dans Principes de la philosophie du droit (1821), Hegel développe une conception de la justice comme réaffirmation de la loi universelle :

  • Le crime nie le droit universel en imposant une volonté particulière.
  • La punition corrige cette injustice et rétablit la loi commune.
  • La peine établit une égalité morale entre faute et sanction, sans reproduire le crime.
  • La vengeance est une volonté subjective qui alimente la violence, tandis que la justice agit au nom de la loi universelle et met fin au cycle des représailles.

Exemples concrets :

  • Quelqu’un qui vole nie le droit de propriété ; la punition rappelle que la loi vaut pour tous.
  • La vengeance personnelle prolonge le cycle de violence, la justice l’interrompt.

4. Aristote : justice distributive et corrective

Dans Éthique à Nicomaque (Livre V), Aristote distingue deux formes de justice :

  • Justice distributive : répartit biens et honneurs selon le mérite, sur une base proportionnelle (égalité géométrique).
  • Justice corrective : répare les torts entre individus, rétablissant l’équilibre indépendamment du statut social (égalité arithmétique).

Exemples :

  • Un citoyen ayant plus servi la cité reçoit plus d’honneurs (distributive).
  • Un voleur doit rendre la somme volée, quelle que soit sa condition (corrective).

La justice vise à corriger une inégalité, non à rendre le mal par le mal.


5. Platon : la punition comme voie d’amélioration morale

Platon, dans Protagoras et Gorgias, propose une vision éducative de la punition :

  • La peine sert à guérir le coupable, à le rendre meilleur, non à le détruire.
  • La vertu peut s’acquérir ; la punition dissuade la récidive.
  • Socrate compare la justice à la médecine de la méchanceté : punir, c’est soigner l’âme.

Exemple concret platonicien :

  • Les dispositifs de réinsertion en prison visent à aider les détenus à comprendre leurs erreurs et à se reconstruire en citoyens responsables.

[Diagramme]


III. Évolutions contemporaines : vers une justice restaurative et responsable

1. Justice restaurative : réparation plutôt que punition

Antoine Garapon, dans Et ce sera justice (1997), défend la justice restaurative qui privilégie la réparation des liens sociaux brisés par le crime, plutôt que la simple sanction.

Thèse : La justice restaurative permet la rencontre entre victime et coupable, pour reconnaître les faits, écouter et restaurer le lien social.

Exemple concret :

  • Une victime d’accident rencontre l’auteur responsable, favorisant l’écoute des excuses et la reconnaissance des torts. La réparation dépasse la compensation matérielle pour viser une restauration morale.

2. La Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud (1995)

Après l’apartheid, cette commission a privilégié la vérité et la réconciliation plutôt que la punition :

  • Recensement des violations des droits humains.
  • Amnistie en échange d’aveux publics.
  • Objectif : restaurer les liens sociaux dans une société marquée par la violence.

Cette procédure illustre une justice restaurative appliquée aux crimes politiques.


3. Hannah Arendt et la banalité du mal

Dans Eichmann à Jérusalem (1963), Arendt analyse le procès d’Adolf Eichmann, soulignant que le mal peut être commis par des individus ordinaires, obéissant sans réflexion.

  • Le procès ne vise pas la vengeance, mais à affirmer la valeur universelle de la justice et la dignité humaine.

Citation d’Arendt :
« La triste vérité est que la plupart des maux sont commis par des gens qui ne prennent jamais la décision d'être bons ou mauvais. »

Cette réflexion invite à une justice qui interroge la responsabilité individuelle face à l’obéissance à des lois injustes.


4. La désobéissance civile : résister à la loi injuste

La désobéissance civile repose sur la distinction entre légalité (conformité à la loi) et légitimité (justice morale). Lorsqu’une loi est injuste, il devient un devoir moral de la désobéir.

Figures majeures :

  • Henry David Thoreau : refuse un impôt finançant la guerre du Mexique et l’esclavage.

  • Martin Luther King Jr. : combat les lois ségrégationnistes.

    Citation : « Chacun a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes. »

  • Nelson Mandela : lutte pacifiquement contre l’apartheid.

  • Rosa Parks : refuse de céder sa place dans un bus ségrégué.

Conditions de la désobéissance civile :

  • Publicité : acte visible et assumé publiquement.
  • Non-violence : pour conserver la force morale.
  • Objectif : viser un changement de loi ou politique injuste.
  • Acceptation des conséquences : assumer les sanctions légales pour souligner la gravité morale.

IV. La justice dans l’organisation démocratique : la séparation des pouvoirs

La justice repose sur une organisation claire des pouvoirs étatiques, garantissant équilibre et impartialité.

Les trois pouvoirs

PouvoirRôleInstitutions principales
LégislatifFait la loiParlement (Assemblée nationale + Sénat)
ExécutifApplique la loiPrésident, Gouvernement (Premier ministre + ministres)
JudiciaireVeille à l’application de la loi et tranche les litigesTribunaux, cours, juges

Illustration synthétique des relations entre pouvoirs

[Diagramme]


Conclusion : Points clés à retenir

  • La justice est historiquement liée à la vengeance, mais s’en distingue par son institutionnalisation, sa rationalité et son fondement moral universel.
  • Elle vise à rétablir un ordre commun, dépassant la pulsion de revanche, par une application équitable et mesurée des peines.
  • Les philosophes ont enrichi la conception de la justice :
    • Nietzsche insiste sur le dépassement du ressentiment,
    • Kant sur la peine comme devoir moral,
    • Hegel sur la réaffirmation du droit universel,
    • Aristote sur la justice distributive et corrective,
    • Platon sur la punition éducative.
  • Les évolutions modernes introduisent la justice restaurative, centrée sur la réparation des liens sociaux, et la reconnaissance de la responsabilité individuelle face à l’obéissance.
  • La désobéissance civile souligne la nécessité morale de résister aux lois injustes, dans le respect de conditions éthiques strictes.
  • Enfin, la séparation des pouvoirs garantit l’équilibre démocratique nécessaire à une justice impartiale et efficace.

Cette fiche offre un panorama complet et cohérent de la justice, mêlant ses origines, ses fondements philosophiques et ses évolutions contemporaines, pour mieux comprendre son rôle essentiel dans la société.

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