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L’utilisation des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT suscite des frustrations importantes, notamment dans le contexte de la formation intellectuelle et de la production écrite. Cette section analyse deux usages courants des LLM qui posent problème :
Un usage souvent vanté des LLM est leur capacité à aider à surmonter l’angoisse de la page blanche. Ces modèles peuvent générer un texte correct grammaticalement et syntaxiquement, pouvant servir de point de départ à une production écrite. John Warner, cité dans le document, considère que certains voient dans un texte généré par ChatGPT un premier jet à retravailler, une amorce facilitant la révision et l’édition.
Le véritable défi en écriture est de se lancer, d’initier le processus créatif. LLM peut sembler utile pour cela, car il produit souvent un texte de qualité supérieure à celle des étudiants, notamment en début de parcours scolaire. Pourtant, la véritable valeur ne réside pas dans ce résultat initial, mais dans le processus qui mène à ce résultat.
L’erreur est de percevoir la production du LLM comme de l’écriture. Or, l’écriture ne se limite pas au texte final mais comprend toutes les étapes de réflexion et d’élaboration mentale. Le premier jet (le premier G) est crucial car il concentre :
John Warner souligne que lorsqu’un étudiant arrive avec un texte généré par un LLM, il n’y a rien à discuter, car ce texte n’est pas l’expression de ses pensées ou intentions. La production synthétique est un simulacre d’écriture et ne remplace pas le travail intellectuel de construction.
« La production de textes synthétiques est en fait un simulacre d’écriture et non l’écriture elle-même. »
Il ne faut pas négliger la satisfaction et les apprentissages que procure le processus d’écriture. Ce dernier permet :
Ignorer cette phase, en se reposant sur un LLM pour « donner la morse », c’est passer à côté de ce qui forme notre esprit et notre intellect.
Dans le cours « Modern Day Oracles or Bullshit Machines » de l’Université de Washington, il est mentionné que beaucoup de professeurs voient les LLM comme un moyen de générer de nouvelles idées. Cependant, cette opinion est mise en doute.
Une abondante littérature psychologique démontre que l’exposition précoce à une idée engendre des phénomènes de :
Ces biais empêchent la créativité car l’esprit reste attaché à l’idée initiale et peine à explorer d’autres pistes. Ainsi, les personnes qui reçoivent une solution toute faite sont souvent moins créatives que celles qui partent d’une page blanche.
Un article intitulé L'adoption responsable de l'IA générative dans l'enseignement supérieur met en garde contre l’utilisation des LLM par les enseignants. Si un enseignant utilise un LLM pour générer un plan de cours, il doit savoir identifier :
Par exemple, certains textes clés peuvent être écrits par des auteurs sous-représentés ou des autrices. Si ces voix ne sont pas incluses dans les données d’entraînement ou dans la production, l’utilisation du LLM risque de perpétuer et d’amplifier ces biais sociaux.
Cela illustre une faiblesse systémique des LLM actuels, qui reproduisent les motifs d’association présents dans leurs données d’entraînement, biais sociaux compris.
Un autre usage souvent évoqué est celui des LLM pour organiser ses idées, par exemple pour établir un plan d’action ou un plan de tâches. Toutefois, cette utilisation soulève des problèmes liés au contrôle personnel sur la pensée.
Le document évoque le « système 3 », partie de notre cognition liée aux émotions telles que :
Ce système nous pousse à garder le contrôle sur notre vie, notamment sur nos pensées. L’organisation des idées est un contrôle essentiel que chacun souhaite exercer, car nos pensées sont au cœur de notre existence.
Si une personne ressent le besoin de déléguer l’organisation de ses pensées à un LLM, cela peut indiquer un manque d’estime pour sa propre capacité à penser. Or, ce phénomène n’est pas sain, car il traduit une dépendance à un algorithme pour une fonction cognitive centrale.
« Si vous ne ressentez pas la même chose, cela veut dire que vous n’avez pas suffisamment d’estime pour vos pensées, pour votre esprit. »
Les LLM, qui reposent sur la reproduction de combinaisons statistiques de mots dans leurs données d’entraînement, présentent un niveau de fiabilité faible, en particulier sur des tâches hors normes ou complexes. Le document souligne :
Enfin, utiliser un LLM public implique des risques importants pour la vie privée :
[Diagramme]

Illustration de la frustration cognitive liée à une dépendance excessive aux LLM dans le processus intellectuel.
La frustration provoquée par les LLM provient principalement d’une mésinterprétation de leur rôle dans le processus intellectuel. Ils ne doivent pas remplacer la réflexion personnelle, la créativité et le contrôle sur ses idées, mais éventuellement soutenir un travail déjà engagé. Par ailleurs, la vigilance est requise face aux biais incorporés et aux risques pour la vie privée. L’apprentissage et la satisfaction que procure le processus de pensée et d’écriture sont irremplaçables et doivent rester au cœur de notre pratique intellectuelle.
