Fiche de Révision : Méthodes d'évaluation des biens non-marchands
Introduction
L’évaluation des biens non-marchands est une problématique fondamentale en économie publique et en gestion des ressources. Ces biens, tels que les espaces publics, la qualité de l'air, ou encore la sécurité, ne font pas l'objet d'un marché explicite. Ils ne sont donc pas vendus ni achetés directement, ce qui complexifie leur appréciation monétaire.
Définition
Un bien non-marchand est un bien ou service qui n'est pas échangé sur un marché et ne possède pas de prix de marché directement observable.
L’objectif principal des méthodes d’évaluation est d’attribuer une valeur économique à ces biens pour orienter les décisions publiques et privées (exemple : projets d’infrastructures, politiques environnementales).
1. Pourquoi évaluer les biens non-marchands ?
- Allocation efficace des ressources : Pour décider si un projet ou une action dont l’impact porte sur un bien non-marchand est justifié économiquement.
- Calcul des coûts-bénéfices : Lors d’évaluations d’impact, il faut mesurer les bénéfices sociaux.
- Internalisation des externalités : Les biens non-marchands génèrent souvent des externalités positives ou négatives.
- Soutien à la prise de décision publique.
2. Principes généraux d’évaluation
La difficulté majeure est d’exprimer une valeur monétaire à un bien qui ne possède pas de prix de marché. Il faut donc recourir à l’analyse des préférences des individus.
Définition
La valeur économique d’un bien non-marchand est souvent interprétée comme la disposition à payer (DAP) ou la disposition à accepter (DAA) des agents pour sa possession ou sa préservation.
3. Méthodes principales d’évaluation
Les méthodes se divisent généralement en deux catégories : directes et indirectes.
3.1 Méthodes directes : approches déclaratives
Il s'agit de recueillir directement la valeur que les individus attribuent au bien non-marchand. On interroge les agents par des enquêtes.
3.1.1 Méthode d’évaluation contingente (MEC)
- Principe : On demande aux enquêtés leur disposition à payer pour un changement fictif (par ex. amélioration d’un parc, réduction de pollution).
- Avantages : Flexibilité, permet d’évaluer quasiment tous types de biens non-marchands.
- Inconvénients : Risque de biais (hypothétiques, de stratégie, de désirabilité sociale).
- Exemple : Sondage demandant combien une personne serait prête à payer pour accéder à une aire protégée.
3.1.2 Méthode des choix discrets
- Principe : Propose aux individus plusieurs scénarios avec différentes caractéristiques et coûts, et analyse leurs choix.
- Avantages : Réaliste car reproduit un processus de choix réel.
- Techniques complémentaires : Modèles logit, probit en économétrie.
3.2 Méthodes indirectes : approches basées sur des marchés liés
Elles consistent à déduire la valeur monétaire à partir des comportements observés sur des marchés connexes.
3.2.1 Méthode des prix hédoniques
- Principe : Analyse la variation des prix d’un bien marchand (exemple : immobilier) en fonction de caractéristiques environnementales ou autres liées au bien non-marchand.
- Contexte d’utilisation : Par exemple, le prix des appartements varie selon la qualité de l’air ou la proximité d’espaces verts.
- Formule générale :
[Formule mathématique]
où [Formule] est le prix du bien, et les [Formule] des caractéristiques incluant la qualité environnementale.
- Limites : Nécessite un marché actif, ne fonctionne pas si le bien non-marchand n’influence pas suffisamment les prix.
3.2.2 Méthode des coûts évités
- Principe : Valorisation basée sur les coûts que les agents évitent grâce à l’existence du bien non-marchand (par exemple, la qualité de l’eau évite des dépenses de filtration).
- Exemple : La valeur de la prévention des inondations peut être estimée via les dommages évités.
3.2.3 Méthode des coûts de remplacement
- Principe : Évalue la valeur d’un bien non-marchand par le coût nécessaire pour le remplacer ou reproduire.
- Limites : Ne mesure pas la valeur perçue mais le coût d’investissement.
4. Comparaison synthétique des méthodes
| Méthode | Avantages | Inconvénients | Exemples d’applications |
|---|
| Évaluation contingente | Flexible, adaptée à tout bien | Biais déclaratifs, coût élevé | Valorisation d’un parc naturel |
| Choix discrets | Reflète les choix réels | Modélisation complexe | Étude sur préférences énergétiques |
| Prix hédoniques | Base sur données observées | Nécessite données de marché | Valeur immobilière et environnement |
| Coûts évités | Simple, intuitive | Ne prend pas en compte les préférences | Économie des services d’assainissement |
| Coûts de remplacement | Facile à appliquer | Sous-estimation de la valeur réelle | Remplacement d’une infrastructure verte |
5. Liens entre les méthodes
Une bonne évaluation combine souvent plusieurs méthodes, notamment croiser les observations indirectes avec les préférences exprimées. Par exemple, les prix hédoniques donneront une estimation objective tandis que la MEC précisera la valeur subjective.
6. Illustration du processus d’évaluation
[Diagramme]
7. Exemple concret : valorisation d’un parc public
- Contexte : La mairie veut savoir combien le parc apporte aux habitants avant de décider d’un investissement.
- Approche :
- Prix hédoniques : Analyse des prix immobiliers autour du parc.
- MEC : Enquête auprès des habitants sur leur disposition à payer pour l’amélioration du parc.
- Résultat : Les deux méthodes convergent pour indiquer une valeur annuelle moyenne de 120€ par habitant.
8. Synthèse des points essentiels
- Les biens non-marchands ne disposent pas de prix de marché, leur évaluation passe par la mesure des préférences individuelles.
- Les méthodes directes (contingente, choix discrets) reposent sur des enquêtes déclaratives et peuvent souffrir de biais.
- Les méthodes indirectes utilisent des prix ou coûts observables sur d’autres marchés ou secteurs économiques.
- Chaque méthode possède ses forces et limites, une combinaison méthodologique est souvent nécessaire.
- Ces évaluations sont indispensables pour justifier économiquement les politiques publiques en matière d’environnement, santé, éducation, etc.
Pour aller plus loin, il est recommandé de se familiariser avec les concepts d’analyse coûts-bénéfices, ainsi qu’avec les outils économétriques utilisés pour estimer la valeur des attributs dans les méthodes indirectes.
Bonnes révisions !