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Le roman, au tournant du XXe siècle, connaît une profonde transformation. La fin du roman réaliste traditionnel, centré sur une représentation objective et descriptive du monde, ouvre la voie à une remise en question radicale des formes narratives et des rapports au réel. Cette transition s’inscrit dans un contexte intellectuel marqué par la découverte de l’inconscient, l’influence des arts totaux, et une volonté d’explorer la subjectivité et la conscience intérieure.
Cette fiche propose d’analyser cette évolution majeure, depuis la crise du réalisme jusqu’aux innovations du Nouveau Roman, en passant par les apports décisifs de Proust et des surréalistes.
Le roman réaliste, dominant au XIXe siècle avec des œuvres emblématiques comme Les Rougon-Macquart d’Émile Zola, s’appuie sur une représentation fidèle et objective du réel. La publication du dernier tome, Le Docteur Pascal (1893), symbolise la clôture de cette époque.
Cependant, ce réalisme est critiqué pour sa limitation à une simple reproduction extérieure du monde, jugée insuffisante pour rendre compte de la complexité humaine et psychologique. Parallèlement, les avancées philosophiques sur l’inconscient (Hartmann, Schopenhauer) et la remise en cause du réel comme unique horizon littéraire provoquent une crise profonde.
Face au naturalisme et au réalisme, le symbolisme propose une nouvelle conception de la littérature :
Exemples d’œuvres symbolistes :
Cette esthétique symboliste ouvre la voie à une littérature qui s’affranchit de la stricte représentation réaliste pour privilégier l’expression intérieure et l’abstraction.
Le roman naturaliste est perçu comme un "conte stupidement délayé", un simple moyen narratif sans profondeur. En réaction, des auteurs comme Villiers et Mallarmé défendent la poésie comme langue parfaite, compensant la déficience des langues naturelles.
Par ailleurs, la littérature s’ouvre à des techniques empruntées à d’autres arts, notamment au cinéma. Par exemple, La Condition Humaine d’André Malraux utilise une construction en séquences narratives cinématographiques, annonçant une nouvelle manière de structurer le récit.
Le symbolisme est également influencé par la conception wagnérienne de l’art total, où poésie, musique, théâtre et arts visuels se rejoignent pour créer une fiction mystique unifiée.
André Gide, avec Paludes (1895), propose une satire du pari littéraire en recourant à la mise en abyme : un narrateur écrit un livre portant le même titre que le roman lui-même.
Cette mise en abyme annonce la fragmentation narrative et la réflexivité caractéristiques du roman moderne.
Le passage au roman moderne se traduit par plusieurs innovations majeures :
Ces procédés traduisent une volonté de représenter la complexité de la conscience et la multiplicité des perceptions.
La prise en compte de l’inconscient bouleverse la manière de raconter :
Cette orientation ouvre la voie à une littérature introspective et fragmentée, où la réalité est perçue à travers le prisme de la conscience.
Dans À la recherche du temps perdu (1913–1927), Proust rejette le réalisme objectiviste au profit d’une littérature qui montre la réalité autrement, comme un point d’optique éclairant la vie intérieure.
Citation de Proust : "La grandeur de l'art véritable [...] c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître la réalité loin de laquelle nous vivons [...] cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l'avoir connue, et qui est tout simplement notre vie."
La réalité est une "évidence non évidente" que le langage conventionnel ne peut saisir directement. La littérature doit incorporer la conscience, les impressions et les réminiscences involontaires, donnant accès à une réalité plus profonde.
Proust souligne que :
« Comme toute impression est double, à demi engainée dans l'objet, prolongée en nous-mêmes par une autre moitié que seuls nous pourrions connaître, nous nous empressons de négliger celle-là, c'est-à-dire la seule à laquelle nous devrions nous attacher, et nous ne tenons compte que de l'autre moitié qui, ne pouvant pas être approfondie parce qu'elle est extérieure ».
Cette moitié intérieure, subjective, est la clé pour accéder à la réalité véritable. Cependant, cette impression sensible est aussi source de souffrance : toute impression blesse et meurtrit, éliminant l’idée d’une jouissance pure dans la perception.
Dans Le Temps retrouvé, Proust médite sur le temps et l’identité. Le narrateur, désenchanté, remet en cause le réalisme bourgeois et les valeurs objectives, préférant s’attacher à l’interface entre souvenir et objet.
L’étrangeté à soi-même devient une thématique majeure : « Tout ce qui est étranger à nous peut être nous car nous sommes étranger à nous-même ». Le narrateur reste anonyme, le prénom Marcel n’apparaissant que deux fois dans l’œuvre.
Les personnages proustien subissent des inversions identitaires, notamment sexuelles (ex. le baron de Charlus). Une scène voyeuriste introduit une vision ambivalente et pessimiste des relations amoureuses, marquées par la jalousie, thème central dans La Prisonnière.
Proust critique l’aveuglement réaliste qui réduit la littérature à un simple reflet historique. Gilles Deleuze souligne l’ironie latente de son œuvre, où :
« Chaque jour, j'accorde moins de prix à l'intelligence », affirme Proust, valorisant la sensibilité.
À la fin de La Recherche, le héros commence à écrire le texte que nous lisons, œuvre virtuelle d’un snob évoluant dans les salons. Des textes antérieurs comme Jean Santeuil sont inachevés et ne contiennent pas encore ce « je » anonyme.
Proust s’oppose à Sainte-Beuve, affirmant que le roman ne doit pas être un simple portrait psychologique mais une quête de soi, explorant l’impression sensible plutôt que l’analyse intellectuelle.
Rimbaud affirme dans sa lettre du voyant à Georges Izambard que l’écriture émane d’un autre que soi, fruit d’une maturation intérieure et d’une expérience douloureuse.
Les surréalistes, à travers le Manifeste du surréalisme (André Breton, 1924) et Les Champs magnétiques (Soupault et Breton, 1922), cherchent à atteindre l’inconscient pour toucher cet autre que soi.
Dans Nadja, Breton refuse la narration réaliste au profit de la photographie, évitant la narration classique. L’œuvre se divise en trois parties :
« La beauté sera convulsive ou ne sera pas » résume la posture surréaliste, opposée au réalisme.
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Exemple visuel du symbolisme avec "Le Cygne" de Mallarmé
Portrait de Marcel Proust
Cette évolution majeure du roman témoigne d’un déplacement fondamental de la littérature, qui cesse d’être un simple miroir du réel pour devenir une exploration des profondeurs de la conscience et de la subjectivité.
