Fiche de Révision DSO Oncologie
Introduction générale
L'oncologie est une discipline médicale complexe qui englobe le diagnostic, le traitement et la prise en charge globale des cancers. Cette fiche de révision aborde plusieurs aspects essentiels de la prise en charge oncologique, illustrés par un cas clinique concret, et couvre les traitements, leurs effets secondaires, la nutrition, ainsi que les approches complémentaires et la surveillance post-traitement. L'objectif est de fournir une synthèse claire, structurée et complète pour faciliter l'apprentissage et la pratique.
1. Cas clinique : Mme B, cancer du sein
Profil de la patiente
Mme B est une femme de 68 ans, hypertendue sous Valsartan 80 mg, diagnostiquée fin 2023 avec un cancer du sein localement avancé, de stade [Formule]. Le cancer est triple négatif aux récepteurs hormonaux (RH-) mais HER2 positif (HER2+), ce qui indique un profil agressif.
Historique thérapeutique
- Mastectomie totale réalisée.
- Trois lignes de chimiothérapie hospitalière administrées :
- Échec des deux premières lignes.
- Progression sous la troisième ligne, arrêt après la deuxième cure.
Traitements oraux prescrits
- Capécitabine (Xeloda®) : 3 comprimés matin et soir, pris dans la demi-heure suivant le petit déjeuner et le dîner, en cycles de 14 jours, renouvelé pour 3 mois.
- Tucatinib 150 mg : 2 comprimés deux fois par jour, prise continue, renouvelé pour 3 mois.
2. Classification TNM et stade du cancer
La classification TNM est un système universel permettant de décrire l'extension d'un cancer selon trois critères :
- T (Tumeur) : taille et extension locale, de 0 à 4.
- N (Ganglions) : implication ganglionnaire, de 0 à 3.
- M (Métastases) : présence (1) ou absence (0) de métastases à distance.
Stade du cancer
| Stade | Description | Exemple |
|---|
| 1 | Petite tumeur unique | [Formule] |
| 2 | Volume local plus important | [Formule] |
| 3 | Envahissement ganglionnaire ou local | [Formule] |
| 4 | Dissémination métastatique | [Formule] |
Mme B est au stade 3 ([Formule]), indiquant une maladie localement avancée avec atteinte ganglionnaire.
Marqueurs biologiques
- Récepteurs hormonaux (RO, RP) : leur présence oriente vers des traitements hormonaux.
- HER2 : surexpression associée à un cancer agressif, cible de thérapies spécifiques.
3. Traitements oncologiques oraux : Capécitabine et Tucatinib
Capécitabine (Xeloda®)
Présentation
- Médicament cytotoxique, antagoniste pyrimidique.
- Pro-médicament métabolisé en 5-fluorouracile (5-FU).
- Dosages disponibles : 150 mg et 500 mg.
Indications principales (AMM)
- Cancer du côlon stade III (adjuvant).
- Cancer colorectal métastatique.
- Cancer gastrique avancé (en association).
- Cancer du sein localement avancé ou métastatique, notamment après échec des anthracyclines et taxanes.
Posologie
- Dose entre 1250 et 2500 mg/m²/jour selon protocole.
- Recherche obligatoire d’un déficit en DPD (dihydropyrimidine déshydrogénase) avant initiation, enzyme clé dans la détoxication du 5-FU.
Tucatinib
- Inhibiteur ciblé de HER2.
- Posologie : 150 mg, 2 comprimés deux fois par jour, prise continue.
Plan de prise et accompagnement
- Capécitabine : 3 comprimés matin et soir, dans la demi-heure suivant le repas, en cycles de 14 jours.
- Tucatinib : 2 comprimés toutes les 12 heures, indépendamment des repas, en continu.
- Importance de respecter la séquence et la posologie pour éviter erreurs, interruptions ou oublis.
Accompagnement au comptoir
- Écoute active pour recueillir le ressenti et la compréhension.
- Validation des prescriptions, doses et examens.
- Information claire sur la posologie, conditions d’administration et conservation.
4. Gestion des effets secondaires
4.1 Diarrhée induite par chimiothérapie
Évaluation de la sévérité
| Grade | Toxicité OMS | Classification CTCAE |
|---|
| 1 | < 2 selles/jour, passagère | Augmentation < 4 selles |
| 2 | > 2 selles/jour, tolérable | Augmentation 4-6 selles |
| 3 | Intolérable, traitement requis | > 7 selles, impact vie quotidienne |
| 4 | Diarrhée hémorragique, déshydratation | Urgence vitale |
| 5 | Décès | - |
Traitement médicamenteux
- Première intention : lopéramide (ralentisseur du transit)
- 2 gélules après la première selle liquide, puis 1 gélule après chaque selle, max 8/jour.
- Arrêt après 12h sans selles liquides.
- Alternatives si inefficace :
- Racécadotril (ontisécrétoire) : 1 gélule avant chaque repas, max 7 jours.
- Diosmectite (absorbant intestinal) : 3-6 sachets/jour les 2 premiers jours, puis 3 sachets/jour.
4.2 Neutropénie
Définition et classification
La neutropénie est une diminution du nombre de polynucléaires neutrophiles, augmentant le risque infectieux.
| Grade | Neutrophiles (G/L) |
|---|
| 1 | [Formule] |
| 2 | [Formule] |
| 3 | [Formule] |
| 4 | [Formule] |
Risques
- Risque majeur : neutropénie fébrile, urgence médicale.
- Infection sévère pouvant engager le pronostic vital.
Facteurs de risque
- Traitements anticancéreux spécifiques.
- Âge > 65 ans.
- Mauvais état nutritionnel, insuffisance rénale/hépatique.
- Maladie avancée, immunodépression.
Prévention et traitement
- Utilisation de facteurs de croissance hématopoïétiques :
- Filgrastim (Neupogen®), lénograstim (Granocyte®) : injections quotidiennes 7-10 jours après chimiothérapie.
- Pegfilgrastim (Neulasta®), LipPegfilgrastim (Lonquex®) : injection unique 24-36h après cure.
- Éducation du patient sur les signes d’alerte :
- Température > 38,3°C ou > 38°C à deux reprises.
- Neutrophiles < 0,5 G/L.
Traitement antibiotique en cas de faible risque
- Amoxicilline/Acide clavulanique + Fluoroquinolone.
- Réévaluation clinique à 48h.
4.3 Nausées et vomissements induits par chimiothérapie (CINV)
Médicaments antiémétiques
-
Sétrons (anti-5HT3) : Ondansétron (4 mg, 8 mg)
- Posologie orale : 8 mg 1h avant chimiothérapie, puis 12h après.
- Réduction de dose en insuffisance rénale.
- Effets indésirables : céphalées, constipation, allongement QT.
-
Corticoïdes : Dexaméthasone, Méthylprednisolone, Prednisone, Hydrocortisone.
- Utilisation de J1 à J4, dose adaptée selon corticoïde.
-
Olanzapine (hors AMM) :
- Agit sur récepteurs D2 et 5HT3.
- Utilisée en quadrithérapie pour protocoles hautement émétisants.
- Posologie : 5-10 mg/j pendant 5 jours.
- Effet indésirable principal : sédation (5 %).
Remèdes naturels
- Gingembre (Zingiber officinale) :
- Efficace pour réduire la CINV aiguë et retardée.
- Étude sur 576 patients : supplémentation de 0,5-1,0 g.
- Recommandé en complément des antiémétiques selon ASCO-SIO.
- MASCC/ESMO : données contradictoires, pas de recommandation ferme.
4.4 Traitement symptomatique des aphtes
- Bain de bouche magistral comprenant :
- Bicarbonates 1,4% (500 mL)
- Eludril ou Hextril (1 flacon)
- Fungisone ou Mycostatine (1 flacon)
- Usage : gargarismes 4 à 6 fois par jour.
- Durée : jusqu’à 6 mois selon indication.
- Indication : aphtes liés à la chimiothérapie en l’absence d’alternatives.
5. Nutrition en oncologie
Importance de l'alimentation
La nutrition est un pilier fondamental dans la prise en charge oncologique. Elle vise à prévenir la dénutrition, fréquente chez les patients, et à améliorer la tolérance aux traitements ainsi que la qualité de vie.
Objectifs nutritionnels
- Assurer un apport énergétique suffisant.
- Maintenir ou restaurer la masse musculaire.
- Limiter les complications liées à la dénutrition.
- Favoriser la récupération et la tolérance aux traitements.
Aliments de base
Les aliments de base apportent glucides, lipides et protéines essentiels au maintien de la masse corporelle et à la réparation cellulaire. Ils doivent être simples, digestes et riches en nutriments.
Principes clés
- Favoriser les aliments denses en énergie et riches en protéines.
- Adapter les textures et saveurs selon la tolérance individuelle.
- Fractionner les repas pour faciliter la digestion.
- Surveillance régulière de l’état nutritionnel.
[Diagramme]
6. Jeûne et régimes restrictifs en oncologie
Définitions
- Jeûne : arrêt complet de la prise alimentaire, eau libre, pendant plusieurs heures à jours.
- Régimes restrictifs : restriction calorique, protéique ou glucidique (ex : régime cétogène).
Régime cétogène
- Forte augmentation des lipides.
- Énergie provenant des corps cétoniques issus de la dégradation des lipides.
Intérêt et risques
- Aucun bénéfice démontré en prévention ou durant les traitements.
- Études animales non extrapolables à l’humain.
- Risques : dénutrition aggravée, sarcopénie, augmentation de la toxicité, moindre tolérance et efficacité des traitements, risque d’arrêt des traitements.
Recommandations
- Ne pas pratiquer sans avis médical.
- Informer le médecin pour surveillance nutritionnelle.
- Favoriser comportements protecteurs : arrêt tabac, alimentation équilibrée, activité physique.


7. Néoplasies endocrines multiples (NEM)
Définition
Syndromes héréditaires caractérisés par le développement de tumeurs endocrines multiples.
Classification
- NEM1 : tumeurs parathyroïdiennes, pancréatiques, hypophysaires.
- NEM2 : carcinome médullaire thyroïdien, phéochromocytome, hyperplasie parathyroïdienne.
- NEM4 : formes rares.
Clinique et diagnostic
- Symptômes liés aux sécrétions hormonales excessives.
- Diagnostic basé sur détection tumorale multiple et analyse génétique.
Importance du dépistage familial
Permet une prise en charge adaptée et surveillance renforcée.
[Diagramme]
8. Surveillance post-traitement et effets secondaires
Surveillance
- Suivi régulier pour détecter récidives et effets secondaires.
- Évaluation clinique et examens complémentaires adaptés au cancer et traitement.
Effets secondaires fréquents
- Aigus : nausées, fatigue, myélosuppression.
- Tardifs : fibrose, troubles neurologiques, insuffisances organiques.
Objectifs du suivi
- Dépister précocement les complications.
- Adapter les traitements symptomatiques.
- Soutenir la réinsertion sociale et professionnelle.
Conclusion : Points clés à retenir
- La classification TNM est essentielle pour évaluer le stade et orienter le traitement.
- La capécitabine et le tucatinib sont des traitements oraux clés dans certains cancers du sein HER2+.
- La gestion des effets secondaires (diarrhée, neutropénie, nausées) est cruciale pour la qualité de vie et la poursuite des traitements.
- La nutrition adaptée est un pilier fondamental pour prévenir la dénutrition et améliorer la tolérance aux traitements.
- Le jeûne et les régimes restrictifs ne sont pas recommandés sans avis médical.
- La surveillance post-traitement doit être rigoureuse pour optimiser le pronostic.
- Les approches complémentaires, comme le gingembre pour les nausées, peuvent être intégrées avec précaution.
- La connaissance des syndromes rares comme les NEM permet une prise en charge personnalisée et préventive.
Annexes : Illustrations et ressources
Cas clinique Mme B

Classification TNM

Capécitabine

Plan de prise


Diarrhée

Corticoïdes

Neutropénie

Nutrition

Traitement aphtes


Cette fiche synthétise les connaissances clés pour une prise en charge optimale en oncologie, intégrant à la fois les traitements, la gestion des effets secondaires, la nutrition et la surveillance. Elle s’appuie sur des exemples concrets et des outils pédagogiques pour faciliter la compréhension et l’application clinique.