Justice et vengeance

Philosophie - Justice et VengeanceNiveau : intermediate16 novembre 2025
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Justice et vengeance : une relation complexe et ambivalente


Introduction : Justice et vengeance, deux notions ambivalentes

La relation entre justice et vengeance est à la fois complexe et ambivalente. Ces deux notions, historiquement et culturellement imbriquées, peuvent se recouper ou s’opposer, soulevant un défi fondamental quant à la manière dont les sociétés affrontent l’injustice.

Dans la mythologie grecque, les Erinyes incarnent cette ambivalence. Ces déesses vengeresses réclament justice pour le sang versé, scandant le cri « Dika ! Dika ! » qui signifie à la fois norme, droit, justice, mais aussi châtiment et vengeance. Cette polysémie souligne que la justice peut s’employer dans un sens vengeur.

Le cycle des Atrides illustre cette tension : Oreste tue Clytemnestre et Égisthe sur ordre d’Apollon, brouillant la frontière entre vengeance personnelle et justice divine. L’expression « se faire justice soi-même » renforce cette ambiguïté, désignant une vengeance personnelle qui peut sembler légitime là où la justice institutionnelle paraît insuffisante.


1. Définitions et fonctions : justice et vengeance

1.1 La justice : vertu, institution et décision

La justice se manifeste sous plusieurs aspects complémentaires :

  • Vertu individuelle : la capacité d’arbitrer impartialement entre le bien et le mal, sans intérêt personnel.
  • Institution sociale : chargée d’appliquer les lois, de punir les crimes et d’assurer une compensation aux victimes.
  • Décision et sanction : la justice rendue, souvent exprimée par l’expression « que justice soit faite ».

L’objectif principal de la justice est la rétribution : punir légalement le criminel pour la violation de la loi. Elle peut aussi avoir une fonction réparatrice, visant à reconstruire le lien humain brisé par le crime.

1.2 La vengeance : une initiative individuelle ou collective

La vengeance est une réaction personnelle ou collective, souvent systématique (comme la vendetta, une inimitié transmise de génération en génération). Elle s’oppose à la justice institutionnelle, accusée de ne pas toujours remplir sa fonction.

Son but est de donner satisfaction aux victimes en infligeant un mal à celui qui l’a commis, sans arbitrage d’un tiers.


2. Justice et vengeance : opposition et interactions

2.1 La vengeance, une justice archaïque fondée sur la loi du talion

La vengeance et la justice partagent une finalité apparente : rétablir une égalité brisée par un crime. Cette idée s’enracine dans la notion que la justice consiste à ne pas recevoir plus que ce qui est dû.

La loi du talion (œil pour œil, dent pour dent), codifiée dès l’Antiquité dans le code d’Hammourabi et reprise dans le Lévitique (24, 17-22), formalise cette réciprocité : le criminel subit le même mal qu’il a infligé.

Cependant, cette forme de justice est archaïque, enracinée dans des codes d’honneur et des affects personnels comme la colère et la souffrance. La vendetta entre les familles Capulet et Montaigu dans Roméo et Juliette illustre une justice privée tournée vers la vengeance, fondée sur la solidarité familiale et l’honneur.

2.2 Le passage de la vengeance à la justice moderne : l’exemple de l’Orestie

L’Orestie d’Eschyle illustre ce passage crucial. Les Erinyes, déesses archaïques de la vengeance sanguinaire, poursuivent Oreste après le meurtre de sa mère Clytemnestre, car ce crime laisse une « souillure » qui ne peut être lavée que par un nouveau sang versé.

Orestie - Erinyes et Athéna

Toutefois, Oreste se tourne vers Apollon puis vers Athéna, qui instaure le tribunal de l’Aréopage, symbole de la justice rationnelle et impersonnelle. Cette institution marque un ordre social fondé non plus sur la vengeance privée et clanique, mais sur l’arbitrage public et légal. Les dieux plus « jeunes » incarnent ainsi la justice qui rompt avec le cycle archaïque de la vengeance.

2.3 La vengeance comme pratique clanique et religieuse

Marcel Mauss souligne que dans les sociétés traditionnelles, la vengeance est une expression de la solidarité religieuse du clan. Toute mort, même naturelle, est interprétée comme infligée par la magie et mérite vengeance. La vengeance vise alors à réparer toute atteinte extérieure portée au clan.

Cette solidarité religieuse explique que la vengeance soit avant tout une pratique familiale et privée. Ce n’est pas la société qui punit, mais un groupe qui se défend. Le droit pénal ne trouve donc pas son origine dans la vengeance, mais dans une volonté sociale plus large.


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2.4 Justice comme limitation de la violence, vengeance comme perpétuation du cycle violent

La justice est valorisée comme institution qui limite l’exercice de la violence et met fin au cycle sans fin de la vengeance. La vengeance est souvent condamnée comme une réaction primitive, irrationnelle et immorale.

On tend à voir l’histoire humaine comme une progression de la vengeance irrationnelle vers une justice rationnelle et médiatrice.

Cependant, la frontière est plus floue qu’il n’y paraît :

  • La loi du talion illustre que la vengeance peut être rationnelle et contrôlée, en limitant la violence par des règles de proportionnalité.
  • La vengeance peut combler les failles d’une justice insuffisante, surtout en cas d’erreur judiciaire, où le désir de vengeance peut devenir un désir de se venger de la justice elle-même.
  • La vengeance n’est pas toujours personnelle ou passionnelle : le justicier, par exemple, agit pour venger un tiers ou rétablir la justice politique (exemple : Lorenzaccio de Musset).

L’exercice de la vengeance peut donc s’appuyer sur une norme universelle bafouée et ne relève pas toujours d’un simple mouvement passionnel.


3. La justice corrective chez Aristote : fondements et distinctions

3.1 La distinction entre justice totale et justice particulière

Dans L’Éthique à Nicomaque (Livre V, chapitres 4 à 7), Aristote distingue :

  • Justice totale : la vertu dans son ensemble, obéissance aux lois générales de la cité.
  • Justice particulière : une partie de la vertu, divisée en :
    • Justice distributive : répartition équitable des avantages dans la communauté.
    • Justice corrective (ou réparative) : rétablissement de l'équilibre dans les transactions privées, volontaires ou non.

3.2 La justice corrective : égaliser le tort causé

La justice corrective s’applique aux infractions telles que vol, meurtre, adultère, faux témoignage. Elle repose sur une proportion arithmétique :

  • Les personnes sont égales devant la justice, sans distinction sociale ou morale.
  • La justice vise à « égaliser » l’inégalité engendrée par le crime.
  • Le but est de trouver un juste milieu entre perte et gain.

3.3 Rétablissement de l’égalité vs réciprocité

Aristote met en garde contre la confusion entre :

  • Rétablissement de l’égalité : équilibre équitable après un préjudice.
  • Réciprocité : infliger un mal égal à celui subi (vengeance).

Il rejette la justice basée sur la réciprocité, soulignant que punir ne signifie pas rendre le mal pour le mal.

Exemple : un magistrat frappant un particulier ne doit pas recevoir la même gifle en retour ; la punition doit être plus sévère car il porte atteinte à l’ordre public.


4. Punition, justice et vengeance : une distinction essentielle

4.1 La punition : une fonction sociale et non vindicative

La punition se distingue de la vengeance par son encadrement institutionnel :

  • Législatif : le code pénal fixe règles et châtiments.
  • Judiciaire : la justice examine les délits et décide.
  • Exécutif : l’institution pénitentiaire applique les peines.

Ces trois instances garantissent le monopole de la violence légitime par la justice, évitant la confusion avec un acte vindicatif personnel.


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4.2 La peine : une fonction tournée vers l’avenir

Contrairement à la vengeance, tournée vers le passé, la punition a une finalité préventive et rééducative :

  • Amener le coupable à la responsabilité et à la reconnaissance de l'ordre social violé.
  • Empêcher la récidive en faisant comprendre les conséquences de ses actes.

Cette conception est illustrée par Protagoras (cf. Protagoras 324 a-b) : la vertu, dont la justice, peut s’acquérir, et la punition est un moyen pour le coupable de devenir juste.

4.3 La justice comme médecine de la méchanceté

Dans le Gorgias de Platon, Socrate compare la justice à une médecine :

  • La punition délivre le criminel de la « méchanceté », le plus grand des maux.
  • Payer sa faute oblige à devenir plus tempérant et juste.
  • Seul le « criminel incurable », auteur d’un crime suprême, ne peut espérer s’améliorer et sert d’exemple (Gorgias 525 b-c).

5. Limites et tensions entre justice et vengeance

5.1 La difficulté à remplacer la vengeance par la justice

  • La justice peut parfois n’être qu’un moyen pour récupérer l’intention vengeresse sous une forme institutionnelle.
  • La frontière entre esprit de justice et esprit de vengeance n’est pas toujours claire.
  • Une justice insatisfaisante peut susciter le désir de vengeance privée.
  • L’initiative vengeresse peut être perçue comme légitime lorsque la justice ne peut intervenir (absence de législation ou de précédent).

La tension entre justice et vengeance reste une problématique ouverte, nécessitant une réflexion constante sur les conditions d’une peine juste.


Conclusion : Points clés à retenir

  • Justice et vengeance sont historiquement liées, mais la justice moderne cherche à s’en distinguer en instituant un ordre impersonnel et rationnel.
  • La loi du talion illustre la frontière entre vengeance contrôlée et justice.
  • La justice corrective aristotélicienne vise à rétablir l’égalité sans recourir à la réciprocité vindicative.
  • La punition encadrée par l’État a une fonction sociale, préventive et rééducative, distincte de la vengeance.
  • Malgré ces distinctions, la ligne entre justice et vengeance reste parfois floue, notamment lorsque la justice institutionnelle est perçue comme insuffisante.

Schéma récapitulatif des relations entre justice et vengeance

[Diagramme]


Le cri des Erinyes

Le cri des Erinyes, déesses vengeresses réclamant justice


Justice et vengeance


Cette fiche synthétise la complexité du rapport entre justice et vengeance, en soulignant la nécessité d’une justice qui punisse sans sombrer dans la vengeance, garantissant ainsi la paix sociale et le respect des droits.

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