Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?

Philosophie - Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?Niveau : intermediate20 novembre 2025
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Fiche de révision : Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?


Introduction

L'expérience de feuilleter un album de photos révèle un paradoxe fondamental de l'identité personnelle : je peux me reconnaître dans un enfant qui, physiquement et intellectuellement, n'existe plus. Cette reconnaissance de ce "Moi" à travers le temps, malgré les transformations, soulève une question essentielle : Qu'est-ce que le moi ?

Si tout en moi change, comment puis-je demeurer le même ? La conscience de soi semble perdurer dans ce défilement de transformations. Cela conduit à interroger si je suis ce que j'ai conscience d'être, c’est-à-dire si mon identité est fondée sur la conscience que j’ai de moi-même.

La conscience de soi est la connaissance que possède un sujet de ses états et actes. Mais est-ce là le véritable "moi" ? La réponse appelle une double réflexion :

  • D’une part, le "Je" pourrait se réduire à la conscience que j’ai de moi-même.
  • D’autre part, le "Je" est aussi constitué d’éléments inconscients, d’ombres, de désirs, de peurs, qui échappent à la conscience.

Rimbaud résume cette complexité en disant : « Je est un autre ». Le "Je" serait donc à la fois moi et autre que moi. Enfin, le "Je" pourrait être une illusion, quelque chose à construire plutôt qu’à trouver, une élaboration permanente.

Cette fiche explore d'abord les différentes modalités de la conscience et leur rapport au "Je", puis présente la démarche critique de Descartes qui fonde la certitude de l'existence du "Je" sur la conscience même de penser.


I) Je suis ce que j'ai conscience d'être

A) Les différentes modalités de la conscience


Définition générale

La conscience est la connaissance qu'a l'homme de ses pensées, de ses sentiments et de lui-même.


Trois modalités de la conscience

  1. Conscience psychologique

    • Conscience immédiate, spontanée, pré-réflexive.
    • Correspond à la simple présence de soi à soi-même, notre état de veille.
    • Exemple : être conscient de la douleur ou de la chaleur sans y réfléchir.
  2. Conscience de soi

    • Conscience réfléchie, qui fait retour sur elle-même.
    • Étymologiquement, vient du latin cum scientia : "avec savoir".
    • Elle implique un redoublement de la pensée sur elle-même : je pense que je pense, je sais que je ressens.
    • Alain la définit ainsi :

      « La conscience, c'est le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même, qui se met en demeure de décider et de juger. »

    • Exemple : je suis triste, et je sais que je suis triste ; je ressens la chaleur, et je sais que cette sensation m’appartient.
  3. Conscience morale

    • Associée à des sentiments comme le remords, la mauvaise conscience, la honte.
    • Toujours implicite dans la conscience :

      « La conscience est toujours implicitement morale ; et l'immoralité consiste toujours à ne point vouloir penser qu'on pense. » (Alain)

    • Elle opère un recul permettant au sujet de se connaître et de se juger.
    • Elle prescrit ce que je dois faire (devoir) avant l'action et évalue l’action après coup (louange, remords).

Définition de la morale

  • Morale désigne :
    1. Un ensemble de prescriptions réglant la conduite humaine, exprimant des obligations (ex : "tu dois", "tu ne dois pas").
    2. Un ensemble de valeurs (bien, mal, permis, interdit) permettant d’évaluer la moralité des actions.

Conséquences philosophiques

  • Par la conscience, l’homme n’est plus une simple chose dans le monde.
  • Il se situe devant le monde, capable de le connaître et de le transformer.
  • La conscience dessine un sujet en face d’un objet.

Illustration synthétique des modalités de la conscience

[Diagramme]


B) Problématique : La conscience constitue-t-elle le "Je" ?

La conscience semble être le lieu où se manifeste le "Je". Mais peut-on réduire le "Je" à ce dont j’ai conscience ? Ou bien existe-t-il en moi des éléments inconscients qui échappent à cette conscience immédiate ? La question est donc :

  • La conscience peut-elle saisir le "Je" dans sa totalité ?
  • Suis-je uniquement ce que j’ai conscience d’être ?

Pour approfondir cette réflexion, il est utile d’examiner la démarche critique de Descartes, qui interroge la certitude même de la connaissance du "Je" à travers la conscience.


II) Le cogito ou la prise de conscience de soi comme existant


1) Une entreprise critique : le doute méthodique


a) L'idée d'une science certaine et la résolution de douter

Descartes, dans les Principes (1ère partie, §1), nous invite à entreprendre un doute radical et méthodique :

« Que pour examiner la vérité il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut. »

Cette démarche vise à remettre en question toutes nos connaissances, même celles que nous tenons pour les plus certaines. Nos jugements précipités, souvent issus d’une enfance où notre raison n’était pas pleinement développée, peuvent nous induire en erreur. Pour accéder à une vérité sûre, il est indispensable de douter systématiquement.

Ce doute n’est pas un scepticisme passif, mais un outil méthodique et volontaire, destiné à écarter les erreurs et les préjugés. La science, qui vise une connaissance certaine et prouvée, ne peut tolérer que des vérités douteuses. Ainsi, la vérité est définie par Descartes comme ce qui est clair, distinct, évident, et surtout indubitable.


Les quatre caractères fondamentaux du doute cartésien

  1. Systématique ou universel : le doute porte sur toutes les choses, sans exception.
  2. Méthodique et volontaire : un moyen choisi consciemment pour atteindre la vérité, et non une fin en soi.
  3. Provisoire : une fois la vérité certaine trouvée, le doute cesse.
  4. Hyperbolique et radical : exagération du doute au maximum, rejetant toute opinion qui ne soit pas absolument évidente.

b) Des raisons de douter : mise en pratique du doute méthodique

Pour fonder un savoir certain, Descartes examine les différentes sources de nos connaissances afin d’en tester la fiabilité.

  1. Les sens peuvent être trompeurs
    Nos sens, première source d'information sur le monde, sont parfois illusoires. Les illusions sensorielles montrent que ce que nous percevons peut être faux. Il est donc légitime de se demander si tous nos sens ne pourraient pas être simultanément trompés.

  2. Le rêve
    Le rêve illustre la difficulté de distinguer la réalité de l’illusion. Pendant le sommeil, nous pouvons vivre des expériences paraissant réelles alors que nous sommes en fait allongés dans notre lit. Cela conduit à envisager que la réalité même pourrait être un rêve.

  3. Le malin génie
    Même les vérités mathématiques, qui semblent les plus assurées, peuvent être remises en question. Pour pousser le doute à son paroxysme, Descartes imagine un être supérieur, un « malin génie », doté d’une puissance et d’une ruse infinies, qui nous tromperait systématiquement dans toutes nos croyances, même les plus élémentaires.


Conclusion partielle

Par ces trois raisons, Descartes rejette :

  • La fiabilité des sens (ils peuvent tromper),
  • La fiabilité des raisonnements (erreurs possibles),
  • La distinction entre rêve et réalité,
  • La certitude des pensées face à l'hypothèse du malin génie.

Il n’y a alors plus aucune connaissance certaine, tout est sujet au doute.


2) Je pense donc je suis, j'existe

Face à cette mise en cause radicale de toutes nos connaissances, Descartes cherche une vérité absolument certaine, capable de résister à ce doute universel et systématique.

Il découvre alors que, même s’il doute de tout, il ne peut pas douter qu’il doute. Douter est une forme de pensée, et penser implique nécessairement un sujet qui pense. Ainsi, il formule la célèbre proposition :

[Formule mathématique]

Cette phrase signifie que la conscience même de la pensée assure l’existence du sujet pensant. Même si un malin génie cherchait à le tromper, il ne pourrait le faire s’il n’existait pas en tant que sujet pensant. Le doute, en tant qu’acte de pensée, prouve l’existence du cogito.


Implications de cette découverte

  • La conscience n’est pas simplement une perception du monde, mais une prise de conscience de soi en tant qu’existant.
  • Le sujet pensant est distinct du monde et peut s’en abstraire par la pensée.
  • Cette certitude première ouvre la voie à la construction d’un savoir certain, fondé sur la conscience claire et distincte.

Schéma résumé : La méthode du doute cartésien

[Diagramme]


Illustration clé

Cogito

Portrait de René Descartes par Frans Hals


Conclusion : Points clés à retenir

  • La conscience est plurielle : elle va de la conscience immédiate à la conscience réfléchie et morale.
  • La conscience de soi est un savoir qui se réfléchit sur lui-même, capable de juger et de décider.
  • La question de savoir si le "Je" est uniquement ce dont j’ai conscience reste ouverte, car le "Je" peut aussi inclure des éléments inconscients.
  • La démarche de Descartes, par le doute méthodique, montre que la seule certitude indubitable est la conscience même de penser, qui prouve l’existence du sujet pensant.
  • Le cogito établit ainsi un fondement solide pour la connaissance de soi et la construction du savoir.

Introduction


Cette fiche offre une base solide pour comprendre la complexité du "Je" et son rapport à la conscience, ainsi que la méthode philosophique qui permet d’en dégager une certitude première.

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