Sociologie appliquée au tourisme : notions et concepts clés

Sociologie et Tourisme : Comprendre les Comportements Sociaux dans les Pratiques TouristiquesNiveau : intermediate23 novembre 2025
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Sociologie appliquée au tourisme : notions et concepts clés

La sociologie appliquée au tourisme offre un éclairage essentiel pour comprendre comment les pratiques touristiques sont socialement construites, différenciées et marquées par des rapports de classe, de genre et de culture. Cette fiche de révision présente les concepts fondamentaux de la sociologie, leur application au tourisme, ainsi que les enjeux sociaux liés au corps, à l’esthétique et aux inégalités dans les pratiques touristiques.


I. Introduction à la sociologie : fondements et méthodes

La sociologie comme science sociale

La sociologie est une science sociale qui étudie les comportements humains dans leur environnement social. Elle analyse non seulement ce que les individus disent ou pensent, mais surtout leurs pratiques et représentations en fonction de leurs propriétés sociales : catégories sociales, revenus, genre, lieu de résidence, niveau d’étude, âge, profession des parents. Cette approche permet de situer socialement les individus et d’expliquer des choix variés (loisirs, vêtements, relations) souvent liés aux valeurs dominantes dans leur groupe.

Les sciences sociales, dont la sociologie, sont des sciences non-nomologiques : leurs résultats sont toujours situés dans un contexte historique et géographique précis. Par exemple, la perception du surf féminin au Maroc a évolué entre 2014 et 2024, illustrant la dynamique des phénomènes sociaux.

Rigueur et objectivité en sociologie

Emile Durkheim, fondateur de la sociologie française, insiste sur la nécessité de traiter les faits sociaux comme des choses, avec objectivité, en mettant à distance croyances et préjugés. Les normes sociales influencent notre comportement souvent à notre insu (exemple : s’asseoir face au professeur dans un amphithéâtre).

Un concept sociologique est un outil théorique permettant d’analyser le monde social.


II. Concepts clés en sociologie appliquée au tourisme

1. Le capital social et culturel (Karl Marx et Pierre Bourdieu)

Karl Marx distingue deux classes sociales majeures dans le capitalisme du 19e siècle :

  • Bourgeoisie : propriétaires des moyens de production.
  • Prolétariat : travailleurs salariés.

Pierre Bourdieu enrichit cette notion en identifiant plusieurs formes de capital influençant les comportements sociaux, y compris touristiques :

  • Capital économique : revenus, patrimoine, facilement transmissible.
  • Capital culturel :
    • Incorporé : savoirs et compétences (langues, pratiques culturelles).
    • Objectivé : biens culturels matériels (livres, œuvres d’art).
    • Institutionnalisé : diplômes et certifications.
  • Capital social : réseau de relations et connaissances.
  • Capital symbolique : image sociale perçue.

Ces capitaux façonnent goûts et pratiques touristiques. Par exemple, la préférence pour des loisirs comme le golf ou les échecs dépend du capital économique et culturel, illustrant la socialisation des goûts.

Espace social français selon Bourdieu (1979)


2. L’habitus et la socialisation

L’habitus est un ensemble durable de dispositions à penser, agir et percevoir, héritées du milieu social (famille, éducation, classe). Il structure les goûts et comportements sans que l’individu en ait toujours conscience.

  • Exemple : une personne d’origine ouvrière privilégiera des vacances simples, tandis qu’une personne bourgeoise s’orientera vers des activités culturelles (musées, golf).

La socialisation se divise en :

  • Primaire : influence familiale et environnement proche.
  • Secondaire : influence de groupes rencontrés ultérieurement.

L’entre-soi désigne la tendance des groupes sociaux à se regrouper et à maintenir des frontières sociales, comme dans le golf (souvent sur invitation) ou les classes business en avion. En tourisme, cela se traduit par des espaces ou pratiques réservés aux élites (exemple : Rotary Club, offres premium).


3. Violence symbolique et profit symbolique

  • Violence symbolique : sentiment d’infériorité ressenti lorsqu’une personne ne respecte pas les codes implicites d’un groupe (exemple : novice au golf se sentant exclu).
  • Profit symbolique : valorisation de soi par la mise en avant de certains comportements ou possessions (exemple : mentionner ses voyages sur un CV).

Ces mécanismes influencent les comportements touristiques en renforçant ou excluant certains individus.


4. La pluralité des habitus (Bernard Lahire)

Bernard Lahire nuance la notion d’habitus en soulignant que l’individu peut posséder plusieurs habitus issus de différents milieux sociaux (habitus clivé). Par exemple, un transfuge de classe (personne changeant de classe sociale) peut vivre un tiraillement identitaire.

Les normes sociales s’appliquent aussi à d’autres dimensions, comme le genre (exemple : garçon pratiquant la danse, fille jouant au rugby).


III. Inégalités sociales et pratiques touristiques

1. Freins à la pratique touristique

Selon l’Observatoire des inégalités, environ 40 % des Français ne partent pas en vacances, pour des raisons multiples :

  • Revenus insuffisants
  • Problèmes de santé
  • Manque de temps
  • Désintérêt pour le tourisme

Ces freins traduisent des inégalités d’accès liées aux ressources économiques, mais aussi aux contraintes sociales et culturelles.


2. Distinction sociale dans les pratiques touristiques

Les paysans à la plage (Patrick Champagne)

Avant les années 1960, les paysans ne partaient pas en vacances, attachés à leur milieu agricole et réticents à fréquenter les lieux de loisirs des classes supérieures.

Après les années 60, même si les classes sociales fréquentent parfois les mêmes stations balnéaires, leurs pratiques diffèrent :

  • Classes populaires : activités simples (plage, pique-nique, camping).
  • Classes supérieures : activités sophistiquées (restaurants, clubs nautiques, casinos).

Cette différenciation traduit la socialisation familiale et le choix du nécessaire.

La plage selon les classes sociales


La perte de distinction par la popularisation des lieux

Un lieu touristique créé par la bourgeoisie perd sa valeur de distinction lorsqu’il se démocratise et devient encombré. La bourgeoisie tend alors à fuir ces espaces.

  • Exemples : Dinard, Saint-Malo, Mers-les-Bains, stations balnéaires devenues plus populaires.

La notion de distinction (Pierre Bourdieu)

La distinction consiste à apparaître socialement comme distingué sans chercher explicitement à l’être. Cela dépend du regard d’autrui et est central pour comprendre les pratiques touristiques comme marqueurs sociaux.


3. Intégration sociale et ségrégation dans les espaces touristiques

N. Jounin (Voyages de classe) analyse comment des jeunes issus de classes populaires, lors de voyages scolaires, se confrontent à des environnements socialement étrangers (villas, restaurants, salons de thé) où ils ne se sentent pas à leur place. La sociologie, en analysant les habitus, aide à comprendre ces mécanismes d’exclusion.


4. L’encombrement et le surtourisme (Luc Boltanski)

Le surtourisme désigne la perception d’un lieu surchargé par les visiteurs. Ce phénomène est souvent dénoncé par les catégories sociales non directement impactées, comme les néo-résidents, tandis que les commerçants en profitent.

  • Exemples : manifestations à Barcelone ou Kyoto contre le tourisme de masse, notamment Airbnb.

Les restrictions comme l’interdiction des enfants dans certains restaurants ou espaces réservés (classes business) illustrent les tensions sociales liées à l’encombrement.


5. Mobilités touristiques et capital culturel (C. Guibert)

Le capital culturel familial influence :

  • La réussite scolaire des enfants.
  • Les pratiques touristiques, notamment la fréquence des départs en vacances.

Les élèves issus de milieux aisés partent plus souvent, y compris pendant les petites vacances, contrairement aux élèves populaires.


6. Le processus d’omnivorité culturelle

L’omnivorité culturelle désigne la capacité à avoir des goûts culturels variés et légitimes, corrélée au capital culturel et économique familial et à la fréquence des voyages.

L’école tend à renforcer ces inégalités, valorisant davantage les élèves des classes moyennes et supérieures.


7. Sociologie des comportements touristiques : le passé incorporé (J.C. Passeron)

Les pratiques touristiques s’expliquent par le passé incorporé : l’ensemble des expériences vécues qui influencent goûts et comportements.

  • Exemple : une famille habituée à la plage transmet cette pratique.
  • La familiarité avec l’avion, les langues étrangères favorise la diversification des expériences.

Les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la formation des goûts touristiques, remplaçant parfois les guides traditionnels.


IV. Sociologie du corps dans le tourisme

1. Le corps comme objet social (Marcel Mauss)

Depuis les années 1930, le corps est considéré comme un corps social, exprimant des dimensions culturelles à travers les techniques du corps : gestes appris et incorporés culturellement (exemple : différences dans la marche ou la nage entre armées).

Ces techniques sont des produits culturels inscrits dans des habitudes difficiles à modifier.


2. Usages sociaux du corps (Luc Boltanski)

Les usages du corps varient selon les classes sociales :

  • Classes populaires : le corps est un outil de travail. La douleur est intériorisée car la maladie signifie une incapacité à travailler, une "mort symbolique".
  • Classes supérieures : le corps est davantage lié à l’esprit, avec un recours rapide à la médecine et un maintien du statut social.

Autres différences :

  • Esthétique corporelle : usage intensif du maquillage et soins dans les milieux supérieurs, moindre dans les milieux populaires.
  • Alimentation : utilitaire dans les classes populaires (renforcer le corps), axée sur la qualité et l’esthétique dans les classes supérieures.

3. Hexis corporel et socialisation des corps

Le concept d’hexis corporel désigne la manière d’être avec son corps, façonnée inconsciemment par des savoirs, métiers, pratiques sportives et valeurs sociales. Ce façonnement transforme biologiquement le corps.

Le corps se forme en conformité avec des savoirs et des valeurs sociales spécifiques.


4. Études de cas dans le tourisme et la sociologie du corps

a) Prospectus touristique d’Hawaï (1930) : exotisme et sexualisation

Le prospectus d’Oahu met en avant une image sexualisée du corps féminin (Hula girl), avec bronzage, fleurs, décolleté, pour attirer les touristes. Les femmes sont plus dénudées que les hommes, qui portent des chemises hawaïennes.

Prospectus touristique Hawaï

Dans les années 1970, le mouvement indépendantiste Da Hui Black Short dénonce cette image coloniale et stéréotypée des surfeurs, contestant la culture touristique blanche.


b) Rapport culturel au corps au Maroc

  • Flirt et alcool : interdits en public dans certaines villes comme Rabat, en raison de l’État religieux, créant des bulles géographiques spécifiques où ces pratiques sont tolérées mais limitées.
  • Être surfeuse au Maroc : marginalisation sociale forte, la femme surfeuse étant stigmatisée. L’opposition entre classes est marquée : classes supérieures plus ouvertes, classes populaires très fermées.

c) Festivalières au Helfest (festival métal)

Dans un univers masculin, la présence féminine est une contradiction sociale, souvent liée à une socialisation familiale paternelle. Le corps devient un marqueur social et culturel dans ces espaces de transgression.


5. Contrôle des corps dans l’espace touristique

En Chine, les plages paradisiaques sont soumises à des horaires stricts et à un contrôle autoritaire des corps. À proximité, sur une autre île, les jet-skis naviguent librement, illustrant une gestion différenciée des corps dans l’espace touristique.


V. Synthèses schématiques

Concepts clés en sociologie appliquée au tourisme

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Inégalités, distinction et corps social dans le tourisme

[Diagramme]


Sociologie du corps et tourisme

[Diagramme]


VI. Conclusion : points clés à retenir

  • La sociologie permet de comprendre les pratiques touristiques comme des phénomènes sociaux, marqués par des rapports de classe, de genre et de culture.
  • Les notions de capital (économique, culturel, social, symbolique) et d’habitus expliquent la différenciation des goûts et des pratiques touristiques.
  • Les inégalités d’accès au tourisme sont liées à des freins économiques, sociaux et culturels, renforçant la ségrégation dans les espaces touristiques.
  • La distinction sociale se manifeste dans les choix touristiques, les lieux fréquentés et les pratiques, avec une dynamique de fuite des classes supérieures face à la popularisation des lieux.
  • Le corps, en tant qu’objet social, est façonné par des techniques, des usages et des normes esthétiques différentes selon les classes sociales, influençant aussi les expériences touristiques.
  • Les rapports sociaux au corps dans le tourisme révèlent des enjeux culturels, politiques et identitaires, notamment dans des contextes spécifiques (Hawaï, Maroc, festivals).
  • Enfin, la sociologie du tourisme invite à une analyse intersectionnelle, prenant en compte les multiples dimensions (classe, genre, espace) pour comprendre les pratiques et représentations touristiques.

Cette fiche synthétise les principaux concepts et analyses sociologiques appliqués au tourisme, offrant une base solide pour approfondir la compréhension des phénomènes touristiques dans leurs dimensions sociales et culturelles.

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