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La sociologie des loisirs s'intéresse à la manière dont les pratiques de temps libre s'organisent socialement et reflètent les rapports de pouvoir, les clivages idéologiques et les dynamiques culturelles. En particulier, l’étude des loisirs chez les jeunes révèle comment ces activités deviennent un terrain d’affrontement entre différents acteurs sociaux cherchant à encadrer et à influencer la jeunesse.
Augustin et Ion (1993) proposent une analyse historique des politiques publiques et sociales autour des loisirs de la jeunesse, mettant en lumière l’évolution des modes d’organisation sociale et les rivalités entre réseaux d’encadrement. Cette fiche de révision retrace cette évolution, en insistant sur la période charnière de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, où la jeunesse devient un enjeu politique et social majeur.
Avant la fin du XIXe siècle, la jeunesse n’était pas considérée comme un groupe social spécifique ni un enjeu politique majeur. Ce n’est qu’à partir des années 1890 que la jeunesse devient un objet d’attention institutionnelle, notamment en raison de plusieurs facteurs :
Quatre acteurs principaux se disputent l’encadrement de la jeunesse :
Ces acteurs incarnent des intérêts souvent conflictuels, reflétant les tensions sociales et politiques de la France de la Troisième République.
Plusieurs lois structurent cette période et marquent un tournant dans la prise en charge institutionnelle de la jeunesse :
Lois Ferry (1880-1882) :
Loi sur les associations (1901) : Facilite la création d’associations de jeunesse, étendant l’encadrement hors de l’école.
Loi de séparation des Églises et de l’État (1905) : Affirme la laïcité et la primauté de l’État, accentuant la rivalité avec l’Église.
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Illustration de la jeunesse comme enjeu politique et social dans la période étudiée.
Après la loi de 1905, la séparation de l’Église et de l’État renforce la volonté républicaine de contrôler l’éducation et l’encadrement des jeunes. Cette période est marquée par une forte opposition entre deux réseaux principaux :
À ces deux réseaux s’ajoutent :
Parmi ces quatre réseaux, trois sont dits affinitaires (laïc, catholique, ouvrier) car ils partagent :
Le réseau sportif, en revanche, est un réseau unitaire : il se concentre uniquement sur le sport, sans base idéologique plurielle.
| Critères | Réseau laïc | Réseau catholique | Mouvement ouvrier | Réseau sportif |
|---|---|---|---|---|
| Projet social | République, laïcité | Religion catholique | Lutte des classes ouvrières | Idéal d’élite sportive |
| Objectifs éducatifs | Éducation civique | Encadrement religieux | Éducation politique et sociale | Formation morale et physique |
| Idéologie | Républicaine | Religieuse | Socialiste/ouvrière | Aristocratique/élite |
| Relais institutionnels | Écoles publiques | Associations catholiques, scoutisme | Syndicats, organisations ouvrières | Fédération sportive |
| Implantation géographique | Paris, centre, Midi | Ouest, Nord | Zones industrielles | National |
| Fédération | Colonies de vacances, EP/Gymnastique | Patronages, scoutisme | Associations ouvrières | Clubs sportifs |
| Équipements | Structures variées | Églises, locaux paroissiaux | Locaux syndicaux | Terrains, gymnases |
| Personnel d’encadrement | Enseignants, militants | Clergé, laïcs engagés | Militants ouvriers | Coachs, sportifs |
Les réseaux laïc, catholique et ouvrier partagent des stratégies communes :
Cette concurrence reflète la lutte pour le contrôle social et culturel de la jeunesse, où l’État et l’Église jouent un rôle central.
Le réseau sportif adopte une logique distincte :

Chaque réseau s’implante différemment sur le territoire français, en fonction des populations et des traditions locales :
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La période allant de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle marque une étape cruciale dans la reconnaissance de la jeunesse comme groupe social autonome et objet d’une politique publique spécifique.
Les loisirs deviennent un terrain privilégié d’organisation sociale et de lutte pour le contrôle idéologique, où s’affrontent réseaux laïc, catholique, ouvrier et sportif. Ces derniers incarnent des projets sociaux distincts, allant de la formation d’une élite à la mobilisation massive des masses populaires.
Cette structuration des loisirs et de l’encadrement de la jeunesse pose les bases des politiques modernes de la jeunesse et des pratiques sportives, qui continueront à évoluer tout au long du XXe siècle, notamment avec l’entrée plus forte de l’État et la diversification des formes d’animation.
Cette fiche offre une base solide pour comprendre les enjeux sociologiques des loisirs dans l’organisation sociale de la jeunesse, en particulier dans le contexte historique français de la fin du XIXe et début du XXe siècle.
