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L’Éducation Physique et Sportive (EPS) en France a connu une évolution complexe, marquée par des tensions entre autoritarisme, sportivisation, inclusion et finalités éducatives renouvelées. Cette fiche retrace les grandes étapes de cette évolution, en analysant les contenus, les pratiques, les enjeux sociaux et pédagogiques, ainsi que les débats autour de la mixité et de la place du corps dans l’école.
Au début du XXe siècle, l’EPS est dominée par la gymnastique analytique, notamment celle de Tissié, qui repose sur une approche biomédicale et thérapeutique. Cette méthode valorise un encadrement strict, où l’élève est passif, soumis à des postures codifiées visant à normaliser le corps.
« Les sept points qui permettent d'assurer, en gym de maintien, le redressement et l'immobilisation de la colonne vertébrale : raidissement des genoux, durcissement des fesses, rentrée du ventre, rapprochement des omoplates, abaissement des épaules, double menton, étirement de la tête vers le haut, étirement des bras vers le bas » (Marchand, 1946).
Cette rationalité scientifique masque un contrôle social sous un discours sanitaire, où la rigueur et l’obéissance sont centrales. Le silence imposé pendant les exercices symbolise cette discipline autoritaire, assimilée à un dressage corporel.
Entre 1920 et 1940, l’EPS féminine est instrumentalisée à des fins biologiques et sociales, notamment pour préparer à la maternité et améliorer la santé publique (Delaplace, 1996). Les activités proposées aux filles sont douces : promenades, exercices respiratoires, étirements, jeux calmes, avec un rejet du sport intense et compétitif.
« La femme n’est point construite pour lutter mais pour procréer » (Bolgey, 1925).
Cette vision eugéniste et genrée limite l’EPS féminine à une fonction sanitaire et esthétique, excluant toute valeur éducative autonome.
Après 1945, l’EPS amorce une mutation importante, passant d’une gymnastique rigide à des activités sportives plus vivantes, intégrant plaisir, émotion et confrontation (Andrieu, 1990). Les Instructions Officielles (IO) de 1959, 1962 et 1967 traduisent cette évolution :
L’élève apprend à se connaître, à réguler son effort, faisant du corps un espace d’expérimentation et d’éducation permanente.
Exemple d’activités de plein air intégrées dans les IO de 1959
L’intégration du sport dans l’école entraîne des tensions. Le sport impose ses logiques de performance, compétition et sélection, risquant de confondre l’EPS avec l’entraînement sportif de club (Andrieu). Cette dérive techniciste est renforcée par la formation des enseignants, qui valorise la performance physique comme fondement de la compétence professionnelle :
« L'excellence sportive est au fondement de la compétence du maître » (St-Martin et Caritay, 2006).
Cette situation conduit à une perte du sens éducatif du corps au profit du rendement moteur.
Face à ces limites, des évolutions pédagogiques émergent dans les années 1960-70 :
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Exemple illustrant la gymnastique analytique et posturale de Tissié
Les IO de 1985-1986 marquent un tournant en distinguant clairement l’EPS des simples activités physiques. Le sport devient un moyen, non une fin. Sept groupes d’APSA sont introduits pour garantir une formation corporelle complète :
Les élèves doivent expérimenter au moins quatre groupes, favorisant la diversité et la richesse des apprentissages.
Dans la continuité des IO de 1967, les APPN sont intégrées pour sortir les élèves du cadre scolaire urbain et leur offrir une expérience directe dans des environnements naturels (mer, forêt, montagne).
Illustration d’une activité physique en milieu naturel dans le cadre d’APPN
Une étude de Bessy (Revue EPS n°27, 1991) révèle une forte prédominance des activités gymniques et des sports collectifs, qui occupent entre 80 et 85 % du temps scolaire en EPS, posant la question de la diversité des expériences physiques proposées.
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Malgré la mixité dans les cours d’EPS, les inégalités de genre persistent fortement (Rapport IGEN, 2016) :
Les IO de 1945, 1959 et 1962 insistent sur une adaptation des contenus selon le sexe, valorisant la gymnastique rythmique et la souplesse pour les filles, et les activités physiques compétitives pour les garçons. Cette différenciation se perpétue malgré les discours sur l’éducation globale du corps.
Entre 1950 et 1960, le sport masculin compétitif domine les pratiques, passant de 65 % à 93 % du temps consacré à la maîtrise technico-pédagogique (Terret, 2002).
Les IO de 1967 confirment la prépondérance du sport et de la compétition, imposant des valeurs masculines à tous les élèves. Une critique émerge rapidement, soulignant les limites éducatives de ce modèle et la persistance d’assignations genrées marquées (Denis, 1974).
Les programmes récents (2008, 2019) réaffirment la nécessité d’adapter les cours aux possibilités des élèves, valorisant autonomie et santé, mais les contraintes matérielles et formatives limitent souvent cette différenciation.
Dans les années 1970-80, des courants féministes et pédagogiques (Ponty, Boulch) critiquent la domination du sport compétitif et prônent :
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Illustration des tensions entre mixité, genre et contenus en EPS
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Cette fiche offre une vision synthétique et critique des évolutions de l’EPS en France, essentielle pour comprendre les enjeux actuels de cette discipline au croisement de la santé, de l’éducation et de la culture sportive.
